Dans les derniers jours de l'Assemblée générale de l'Union astronomique internationale, les scientifiques ont lancé un appel appuyé à tous habitants de la planète pour qu'ils préservent la qualité première de la nuit: sa noirceur. Le grand raout triennal des astronomes, qui s'est déroulé à Manchester du 7 au 18août, sert ainsi de caisse de résonance à une préoccupation chronique des professionnels de l'observation céleste. L'éclairage public des villes et des voies de communication est en cause, mais aussi les ondes radios qui créent des interférences avec certains types de télescopes. Un exemple: l'infime quantité d'énergie émise par un téléphone portable pourrait être facilement détectée par l'énorme radiotélescope de Jodrell Bank près de Machester, même si l'appareil se trouvait sur Mars.

«La pollution lumineuse affecte tout le monde, pas seulement les professionnels, écrivent les scientifiques. Peu à peu, l'Europe perd sa vue sur le ciel en multipliant les lampes extérieures. Chaque année, l'équivalent de milliards de francs d'énergie lumineuse est envoyé en direction de l'espace au lieu de l'être vers le sol.»

Pierantonio Cinzano, astronome à l'Observatoire de Padoue en Italie, et ses collègues ont utilisé des satellites pour mesurer la quantité de lumière émise par la Terre. Les cartes qu'ils ont obtenues montrent que les régions préservées par la pollution lumineuse se réduisent considérablement. Les chercheurs estiment qu'au moins un tiers des coûts liés à l'éclairage public pourrait être économisé si ce dernier était mieux conçu.

Cette position est soutenue sans réserves par Fernand Zuber, astronome amateur suisse. Ce dernier écrit, dans le numéro des mois de juin et juillet de la revue Orion (la revue des astronomes amateurs suisses), que «la mode actuelle veut que l'on choisisse souvent le modèle le plus misérable qui soit du point de vue de l'efficacité de l'éclairage: le globe blanc. Compte tenu du cône d'ombre projeté par sa base, celui-ci émet plus de la moitié de lumière là où elle ne sert à rien: vers le ciel. De plus, le passant est ébloui par la lumière directe. En conséquence, sa pupille se rétracte et il n'y voit pas mieux que si l'éclairage était moins fort mais plus rationnel.»

Mais la principale raison des protestations des astronomes est bien sûr leur souci de préserver la qualité de leurs observations nocturnes. Il existe encore des régions parfaitement obscures durant la nuit, Hawaï, le Chili ou les Iles Canaries, par exemple. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les plus gros télescopes sont construits là-bas. Mais même dans ces endroits, les lumières de la ville sont visibles.

Des efforts sont néanmoins entrepris pour éviter que la situation ne dégénère comme dans la plus grande partie de l'Europe. Un village chilien, près de l'Observatoire Cerro Tololo, économise 40% sur son ancienne facture d'électricité en respectant la nuit et en attirant les touristes grâce à son ciel exceptionnellement étoilé.

Dans le domaine des ondes radio, les astronomes tentent, auprès des autorités, de laisser certaines tranches de fréquences vierges pour recevoir des signaux venus de l'espace. Ils essaient aussi de réaliser des «sanctuaires radio», des régions où ces ondes seraient bannies par des règlements spéciaux. C'est dans un tel espace que devrait être construit en 2005 le télescope géant de 1km carré de superficie (lire LT du 15 août).