Vers le milieu des années 1830, lorsque la photographie fut inventée, les astronomes se prirent à rêver. Ils allaient enfin pouvoir disposer d'images objectives, qui ne devraient plus rien à l'interprétation du dessinateur, aussi honnête fût-il. Mais les premières tentatives se soldèrent souvent par des échecs cruels. Le Soleil était trop brillant, la Lune pas assez, les étoiles apparemment fixes se mettaient à dessiner des arcs de cercle dans le firmament tant les temps de pose étaient longs… Tirer le portrait des étoiles n'est pas une mince affaire, toute une technologie reste à inventer. Jusqu'au 24 septembre, le Musée d'Orsay, à Paris, rend hommage à ces pionniers qui ont réussi à imposer une nouvelle technique souvent contre l'avis des astronomes établis qui n'en voyaient pas l'intérêt.

Après plusieurs années de tâtonnements, la Lune est le premier modèle photographié avec succès. La méthode va enfin pouvoir apporter des résultats scientifiques, pense-t-on. L'espoir est confirmé lors d'une éclipse totale du Soleil, en 1860: les photographies mettent définitivement fin à la querelle des protubérances solaires (certains pensaient encore qu'elles étaient lunaires, ou simples illusions d'optique).

En 1874, l'engouement retombe. Tout le monde attend le passage de Vénus devant le Soleil – un événement séculaire – et les prises de vue qui devaient permettre de calculer exactement la distance Terre-Soleil en déterminant avec une précision ultime le moment où la planète entre en contact avec le disque solaire. L'événement mobilise 62 expéditions, envoyées vers 80 sites d'observation sur la planète. Un effort jamais réalisé pour un événement astronomique, mais qui se révèle vain: Vénus passe bien devant le Soleil, mais les photos n'apportent rien de plus que les observations directes.

Heureusement, le couac ne décourage pas tous les fans du collodion. Dès les années 1880, les émulsions deviennent plus sensibles et permettent de capter des étoiles invisibles à l'œil nu. Puis de nouveaux rayons, infrarouges, ultra-violets, X, ou gamma, deviennent «visibles», et permettent de tirer des renseignements sur l'éloignement et la composition des étoiles. L'intérêt du public pour la photographie est sans cesse croissant, la photographie du ciel se démocratise. Quand l'homme se rend sur la Lune, en 1969, il emporte un Hasselblad spécialement conçu. De justesse: les ingénieurs de la NASA avaient hésité à encombrer ces envoyés spéciaux d'un accessoire plus touristique que scientifique!

«Dans le champ des étoiles.

Les photographes et le ciel, 1850-2000»,

Musée d'Orsay, Paris. Jusqu'au 24 septembre.

Fermé le lundi.