Le moustique anophèle femelle est porteur du redoutable parasite «Plasmodium falciparum», responsable de la malaria.

On croirait presque avoir affaire à une maladie des pays riches. Depuis quelques années, la malaria mobilise contre elle des forces de plus en plus organisées. En 1998, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en partenariat avec l'Unicef, la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le développement, a lancé l'initiative Roll Back Malaria dont l'objectif est de réduire de moitié le fardeau occasionné par le paludisme. L'année dernière, lors d'une réunion à Abuja au Nigeria, les chefs d'Etat africains ont approuvé ce programme et fait la promesse de protéger, d'ici à 2005, 60% des enfants de leurs pays respectifs contre les méfaits du parasite Plasmodium falciparum, le principal responsable de la maladie. En 1998 également, s'est créée l'European Malaria Vaccine Initiative (EMVI), une action concertée de la Commission européenne et de certains Etats membres de l'Union dont le but est le développement et le test clinique de vaccins antipaludiques.

Cette avalanche de bonnes intentions et d'initiatives politiques est censée doper la recherche. Et ça marche. Plusieurs vaccins sortent des éprouvettes avant d'être testés sur le terrain, des stratégies de prévention sont mises au point, une vraie concurrence s'installe entre les équipes scientifiques et les résultats tombent à une fréquence de plus en plus élevée. Les chercheurs suisses se mettent d'ailleurs particulièrement en valeur dans cette bataille.

Il y a d'abord l'équipe de Blaise Genton, responsable du Centre de vaccination et de médecine des voyages à Lausanne. En collaboration avec deux instituts australiens, elle vient de terminer des essais de vaccination en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Gambie avec un produit contenant quelques protéines bien choisies du parasite. Les résultats sont actuellement soumis à une revue spécialisée.

Viennent ensuite les travaux de François Spertini, médecin-adjoint à la division d'immunologie au CHUV, et de Giampietro Corradin, professeur associé à l'Institut de biochimie de l'Université de Lausanne. Dans le cadre de l'EMVI, ils viennent de commencer une étude sur une protéine de surface du parasite appelée MSP-3, potentiellement capable de provoquer une réaction immunitaire chez l'homme.

Enfin, le British Medical Journal a récemment publié une étude réalisée par des chercheurs de l'Institut tropical suisse à Bâle et de l'Ifakara Health Research and Developement Centre en Tanzanie. Elle porte sur l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide pour protéger les enfants en bas âge habitant une des régions les plus touchées par la malaria. L'étude montre que plus de la moitié des gens font appel à cette technique simple, même s'ils doivent l'acheter avec leurs propres moyens. L'efficacité est indéniable: dans cette zone, les anémies sévères dues à la malaria (une des causes de décès les plus fréquentes chez les enfants africains) ont diminué de 47%.