J'ai payé, j'ai juré et j'ai chanté «Sur nos monts…» la semaine passée. Au diable le devoir de réserve que je m'imposais ici, en tant que travailleur immigré, depuis deux décennies! Pour ne pas mollir, je vous propose, dès aujourd'hui, de redemander la correction d'une ânerie qui rend la Constitution fédérale inapte à inspirer quelque loi ou règlement sensé sur la bioéthique.

Notre loi fondamentale parle de la «dignité de la créature». Cela rassure les bigots qui douteraient du créateur: regardez, Dieu existe, il est dans la Constitution! Mais, si Dieu existe (ou fait semblant…), il a tout créé, et tout est créature: l'humain comme le platane, le gonocoque et le bouton à quatre trous! Je ne vous dis pas le boulot pour respecter la dignité du gonocoque ou du morpion! Ou pour préciser en quoi nous, et les bébêtes auxquelles nous nous identifions, sommes plus respectables que les parasites et les mauvaises herbes, détruits sans scrupules. De multiples expériences montrent que, pour s'entendre entre humains, il vaut mieux laisser le créateur au vestiaire. Car, comme disait avec sagesse mon ami Lampa, au Sénégal oriental, le créateur, il est vraiment très loin et il ne dit pas souvent ce qu'il veut!

Pour savoir quoi protéger, il vaut mieux partir de l'humain, de ce dont il a besoin pour vivre, à court et à long terme, et de ce qu'il désire conserver pour des raisons affectives ou esthétiques, bref, émotives. Mais définir l'humain et sa dignité est un vieux problème, encore plus difficile que prévu à l'heure du décryptage du génome. Il n'a de solution simple que lorsque cet humain a pris la parole dans une société qui le reconnaît comme l'un de siens. Les éléments physiques constitutifs d'un être humain, des gènes aux cellules, tissus et organes n'ont rien de différent, physiquement ou chimiquement, de ceux de n'importe quelle plante ou animal. Ils n'ont pas de dignité propre: personne ne collectionne ses cheveux ou ses rognures d'ongles pour leur donner une sépulture chrétienne, juive, islamique ou Hare Krisnah! Pourtant, ils contiennent des cellules et des patrimoines génétiques semblables à ceux des œufs et embryons précoces. Susceptibles un jour d'être clonés, si l'on savait et voulait le faire, ce sont autant d'«êtres humains potentiels», selon la formule, idiote, du Vatican.

Les éléments matériels qui constituent les êtres vivants ou inanimés ne sont donc pas respectables sans raisons culturelles et humaines de leur accorder légalement ce respect. En toute rigueur, les seuls êtres qui méritent les titres de créatures ou de créations sont les organismes nouveaux, comme les souris transgéniques de notre ex-chroniqueur Denis Duboule, les OGM et les œuvres discutables des artistes qui revendiquent l'usage pour l'art du génie génétique. Je ne suis pas sûr que ce soit ces créations-là que les constituants et éthiciens veulent protéger. Chassons donc les «créatures» de la constitution fédérale! Il existe des nomenclatures plus exactes des humains, des êtres vivants et des richesses de la planète qu'il importe de protéger!