A ce jour en Suisse romande, le feu bactérien n'a touché quasiment que la plante d'ornement Cotoneaster salicifolius.

Ces dernières semaines, beaucoup d'habitants du canton de Vaud ont été surpris – quelques-uns profondément attristés – de voir arriver chez eux des contrôleurs phytosanitaires ayant pour mission d'arracher tous les Cotoneaster salicifolius de leur propriété. Qu'est-ce que cette plante ornementale particulièrement prisée peut bien avoir fait de mal pour mériter tel sort? Après l'abattage de bétails pour arrêter quelque épizootie, commencerait-on à faire de même avec les végétaux? Il se trouve que la réponse est oui. Les Cotoneaster salicifolius représentent le principal réservoir de l'agent responsable du feu bactérien. Cette maladie est une grande menace pour les cultures de fruits à pépins tels que les pommiers, les poiriers et les cognassiers. La bactérie Erwinia amylovora peut tuer un arbre en quelques années, en fonction de la sensibilité de la variété, et occasionner de sérieux revers économiques aux arboriculteurs et aux pépiniéristes.

L'année dernière, grâce à des conditions météorologiques particulièrement favorables à la contamination, l'épidémie a fortement progressé. En Suisse, le nombre de communes ayant au moins un foyer infectieux est passé de 114 à 365 en un an. Les cantons les plus touchés sont Thurgovie, Saint-Gall, Appenzell, Lucerne et Berne. La Suisse romande, bien qu'elle compte aujourd'hui 65 communes touchées, est toujours considérée comme exempte de la maladie puisque tous les cas recensés étaient isolés et ont été arrachés et détruits. Seul le Valais est totalement épargné. Pour l'instant.

Face à cette offensive, les autorités cantonales et communales prennent les devants. Non seulement toute plante atteinte par le feu bactérien est immédiatement arrachée et brûlée. Mais encore, dans le canton de Vaud notamment, tous les Cotoneaster salicifolius se trouvant dans un rayon de 3 km autour des sites à protéger (cultures fruitières, vergers traditionnels, pépinières) sont systématiquement arrachés, malades ou pas. Cette opération préventive a lieu ces jours puisqu'on se rapproche de la période de floraison des arbres fruitiers qui s'étend de fin avril à juin. C'est à ce moment que la contamination est la plus probable, notamment par les insectes pollinisateurs. Cette mesure s'ajoute à l'interdiction de vendre et de mettre en terre les Cotoneaster salicifolius depuis 1999.

Par ailleurs, toutes les ruches situées dans les communes proches d'un foyer de feu bactérien sont interdites de circulation. La liste de ces entités administratives vient d'être complétée par les Stations fédérales de recherches agronomiques de Changins et de Wädenswill.

Si un tel luxe de précautions est mis en place, c'est qu'il n'existe pas de traitement contre la maladie. Les antibiotiques sont peu efficaces. Une plante ne possède pas de système circulatoire comparable au nôtre. Il faudrait littéralement bourrer l'arbre de médicaments, au risque de le tuer encore plus sûrement, pour espérer que le produit se diffuse partout en quantités suffisantes et neutralise les bactéries. Aux Etats-Unis et en Israël, où le feu bactérien est très répandu, les arboriculteurs utilisent malgré tout de tels antibiotiques avec lesquels ils aspergent les vergers. Mais dans les pays européens, où les consommateurs ne désirent majoritairement pas de tels produits dans leur alimentation, cette pratique est limitée ou interdite.