En Suisse, environ 3% des médicaments vendus sont des génériques. Selon une étude réalisée en 1999, il serait possible de substituer cinq fois plus de médicaments originaux par leurs copies enregistrées à l'Office intercantonal de contrôle des médicaments. Economie réalisable: 100 millions de francs par an.

Le 4 mars prochain, le peuple suisse sera appelé à se prononcer sur une initiative – dite «Denner» – visant à réduire les coûts de la santé. La recette proposée? Recourir systématiquement et obligatoirement aux médicaments génériques les moins chers à disposition sur le marché. Pour nombre de pathologies courantes, il existe en effet une ou plusieurs «copies» du médicament original. Ces remèdes sont moins coûteux, leurs frais de développement étant moindres. Ils sont souvent issus de firmes pharmaceutiques petites ou moyennes et leurs noms peinent à devenir des classiques dignes de figurer sans majuscule dans le Larousse, à l'instar de l'aspirine. Bref, contrairement au médicament original qu'ils imitent, les génériques sont souvent totalement méconnus du grand public. Ainsi, selon un sondage réalisé pour la société Ofac par l'institut M.I.S. Trend en juillet 2000, 71,5% des 1000 Suisses interrogés ignoraient ce qu'était un médicament générique. Une fois dûment informées, les trois quarts des personnes interrogées se déclaraient toutefois prêtes à y recourir.

Depuis le 1er janvier de cette année, la première révision de la loi sur l'assurance maladie (LAMal) incite les pharmaciens à substituer un générique à une préparation originale prescrite par le médecin sur une ordonnance. Une révolution dans le microcosme de la santé, pour l'instant peu visible, mais qui devrait montrer ses premiers effets dès le 1er juillet. A cette date, les pharmaciens, actuellement rémunérés au pourcentage du prix du médicament vendu, se verront rétribués à l'acte. Ils seront dès lors moins intéressés qu'aujourd'hui à délivrer le médicament le plus cher.

Cette disposition vise à responsabiliser le pharmacien – c'est lui qui connaît le mieux le monde en constante évolution des médicaments – sans pénaliser le médecin, qui continue à choisir le principe actif qu'il désire administrer à un patient pour le soigner. «Les médecins connaissent en général mal les génériques, note Marcel Mesnil, secrétaire général de la Société suisse des pharmaciens. Ils sont formés dans des hôpitaux qui délivrent essentiellement des médicaments originaux fournis à des prix défiant toute concurrence par les firmes pharmaceutiques, qui utilisent ce canal pour faire connaître leurs produits aux futurs prescripteurs.» L'habitude fait le reste: le médecin fait confiance au produit qu'il connaît bien, le patient de même…

En ces temps d'économies, les génériques ont donc un bel avenir devant eux. Comment les autorités sanitaires s'assurent-elles qu'ils ont vraiment le même effet thérapeutique que les originaux imités?