Rats et souris sont de loin les espèces les plus utilisées en laboratoire.

En 1999, plus de 400 000 rongeurs ont été impliqués dans des expériences, contre 13 000 autres mammifères.

Il est des scientifiques pour qui le recours à l'expérimentation animale est une corvée. Le chercheur lausannois Paul Honegger en est un exemple. Dès le début de sa carrière, il s'est fixé comme objectif de mettre au point des méthodes permettant de remplacer, dans la mesure du possible, l'animal de laboratoire par des cultures de cellules. Ses travaux viennent d'être récompensés par le prix E. Naef, une distinction destinée à encourager le développement d'«alternatives à l'expérimentation sur les animaux vivants».

Il n'est pas le seul à se préoccuper du sort des animaux de laboratoire en Suisse. Depuis sa création en 1987, la Fondation 3R, financée pour moitié par les pouvoirs publics et pour moitié par l'Interpharma (Novartis, Roche, Serono), a versé près de 9 millions de francs pour encourager des recherches visant à limiter le nombre d'animaux et à améliorer les conditions d'expérience. Comme de nombreuses organisations dans le monde, elle pratique la stratégie des trois «r», pour «réduction, réforme, remplacement».

«La réduction consiste à diminuer le nombre d'animaux nécessaires pour une expérience donnée, explique Peter Maier, conseiller scientifique de la fondation, notamment grâce à des méthodes d'analyse statistique plus fines.» La «réforme» des procédures permet de réduire les souffrances infligées aux animaux. «Les méthodes des chercheurs se rapprochent de plus en plus de la médecine humaine, affirme Peter Maier. L'imagerie médicale remplace la dissection, l'anesthésie est pratiquée autant que possible.» Quant au «remplacement», il consiste à substituer des cultures de cellules au modèle animal. «Les cas où les tests in vitro suffisent sont encore rares, explique le scientifique. Un organisme est un système trop complexe pour être reproduit. Personne n'accepterait d'ingurgiter un médicament qui n'aurait pas été testé chez l'animal. Mais les cultures de cellules permettent de réaliser un grand nombre de mesures avant de passer aux tests in vivo.»

Ces efforts payent. L'Office vétérinaire fédéral (OVF) exerce une «haute surveillance» et dispose d'un droit de recours sur toutes les autorisations d'expérimentations animales délivrées par les cantons. Il peut ainsi établir des statistiques fiables sur le bestiaire de laboratoire helvétique. Le nombre d'animaux impliqués dans des expériences soumises à autorisation – toutes celles qui peuvent causer douleurs, anxiété ou atteintes physiques –, a passé de 2 millions en 1983 à moins de 500 000 en 1999. On y trouve une majorité de rongeurs (414 000), mais aussi 581 primates et 13 000 autres mammifères.

La tendance à la réduction s'observe aussi sur le plan international. Les tests toxicologiques, obligatoires avant la commercialisation de toute substance nouvelle, sont de plus en plus reconnus au-delà des frontières. Ce qui évite de devoir les répéter inutilement. La toxicité aiguë se mesure toujours à la dose d'une substance fatale pour une proportion donnée de rongeurs. Ces procédures, qui doivent disparaître à terme, ont déjà été améliorées pour limiter le nombre d'animaux (10 à 12 pour une substance). Les rongeurs moribonds sont euthanasiés pour abréger leur agonie.

Un seul domaine connaît une augmentation notoire. Entre 1983 et 1999, le nombre d'animaux transgéniques dans les laboratoires Suisses s'est envolé, pour atteindre le chiffre de 60 000 en 1999. La question a été examinée par les deux commissions chargées par l'OVF de préparer la prochaine révision de la loi sur la protection des animaux. Dans leurs conclusions, présentées le 21 février, les experts préconisent de réglementer plus sévèrement la production d'animaux transgéniques. En attendant, les autorités exigent, pour toute modification génétique nouvelle, une description précise de ses conséquences, afin d'éviter de produire plusieurs fois des animaux gravement mal formés.