«Si les parasites n'avaient pas existé, il n'y aurait pas eu d'évolution ou, tout au moins, elle aurait été beaucoup plus lente.» Bruno Betschart, professeur de parasitologie à l'Université de Neuchâtel, est de ceux qui pensent que ces petites bêtes qui vivent aux dépens d'autres organismes jouent un rôle primordial dans l'écosystème. «Tous les êtres vivants, hommes compris, cohabitent avec au moins un parasite, explique-t-il. Ce dernier a développé une technique pour pomper l'énergie de son hôte sans forcément le tuer. L'hôte, à son tour, doit trouver des leurres pour lui échapper.» Ces adaptations réciproques, dictées de part et d'autre par la survie de l'espèce, mènent parfois à des formes de cohabitation très complexes.

Dans un livre récent, paru en anglais sous le titre Parasite Rex, l'écrivain scientifique Carl Zimmer illustre et défend cette thèse. On y apprend les parcours rocambolesques de quelques parasites tout au long de leur cycle de vie. Certains castrent leur hôte et prennent possession de leur esprit. D'autres détruisent leur système immunitaire. «On pense maintenant que les parasites ont été une des forces dominantes, peut-être la force dominante, de l'évolution», écrit Carl Zimmer.

Parmi d'autres, il y a l'histoire du Dicrocoelium dendriticum qui niche dans le foie des vaches et autres ruminants. Ses œufs se retrouvent dans la bouse du bovidé et attendent la venue d'un escargot qui les ingère. Une fois à l'intérieur de son nouvel hôte, les larves du D. dendriticum s'installent et se multiplient. L'escargot rejette alors la progéniture dans des boulettes de bave. Une fourmi, passant par là, se rue sur ce repas providentiel et ingurgite à son tour les parasites. Ceux-ci migrent dans l'abdomen de l'insecte, sauf un qui se dirige vers le système nerveux.

Les D. dendriticum envoûtent littéralement la fourmi. Ils l'obligent, au crépuscule, à quitter ses congénères et à grimper au sommet d'un brin d'herbe. Là, le parasite immobilise l'insecte afin qu'il se fasse brouter par une vache. Si la nuit s'écoule sans que rien ne se passe, la fourmi redescend et vaque à ses occupations naturelles. Le cirque recommence, jusqu'à ce qu'une vache bien disposée ferme le cycle vital du parasite.

Parasite Rex, par Carl Zimmer, Free Press, 2000