Des chercheurs chinois ont identifié, dans les voies génitales du rat mâle, une molécule qui aurait tout à la fois des vertus contraceptives et protectrices contre les maladies sexuellement transmissibles. Cette petite protéine (ou «peptide») est d'autant plus intéressante qu'elle semble avoir des équivalents chez l'homme et le chimpanzé. Avec sa double fonction, elle se comporte comme une sorte de «préservatif chimique», comme le suggèrent les éditeurs de la revue Science du 2 mars, dans laquelle sont parus les travaux des scientifiques. Mais pour l'heure, la pilule protectrice n'est qu'un espoir. Les scientifiques en sont au stade de la découverte et des hypothèses.

C'est un gène qui a mis les chercheurs sur la piste du peptide inconnu. Ce gène s'exprime exclusivement dans l'épididyme du rat, un organe situé derrière les testicules et dans lequel les spermatozoïdes, en progressant lentement dans un long conduit sinueux, achèvent leur maturation. Les scientifiques ont réussi à identifier la molécule produite à partir du gène. Il s'agit d'un peptide constitué de 68 acides aminés et baptisé «Bin1b». Ils ont constaté que ce composé présente toutes les caractéristiques d'une famille de molécules appelées «défensines». Observées dans de nombreux tissus, aussi bien chez des animaux vertébrés qu'invertébrés, ces protéines jouent un rôle dans la défense de l'organisme.

Bin1b est la première défensine à être identifiée dans l'épididyme. Cet organe n'est pourtant pas moins sensible que d'autres aux attaques microbiennes: 5 à 10% des hommes sexuellement actifs souffrent d'une infection à cet endroit durant leur vie. L'organe est même soupçonné de jouer un rôle de réservoir pour de nombreux agents pathogènes, y compris du virus du Sida. Les chercheurs ont commencé par vérifier l'action anti-microbienne de la nouvelle défensine. En sa présence, des cultures de cellules d'épididyme de rat ont mieux résisté à l'infection de la bactérie Escherichia coli.

L'homme possède-t-il une protection semblable? Pour répondre à cette question, les scientifiques ont comparé le peptide avec diverses molécules qui sont produites uniquement dans l'épididyme humain. L'une d'entre elles, «EP2E», s'avère particulièrement proche de Bin1b: sur ses 80 acides aminés, 48 se suivent dans une séquence identique à celle de Bin1b. Inconnue jusqu'ici, EP2E est vraisemblablement une défensine humaine qui n'agit que dans l'épididyme.

Etrange. Pourquoi cet organe nécessiterait-il une défensine spécifique? Pour les chercheurs, ce mystère s'explique par d'autres rôles de la molécule. D'autres études ont montré que des défensines peuvent exercer une action immobilisatrice sur les spermatozoïdes. Or chez le rat, la production de Bin1b varie au cours de la vie de l'animal. Elle démarre 30 jours après la naissance, culmine pendant la période sexuellement active, puis décline dans la vieillesse. Pour les chercheurs, cet indice laisse penser que le peptide, outre ses facultés anti-microbiennes, joue aussi un rôle dans la régulation de la fonction reproductrice.

Cette double faculté serait précieuse à la médecine humaine. Car les maladies sexuellement transmissibles constituent, selon l'OMS, un problème de santé publique majeur. Non seulement en raison de leur fréquence et de leurs séquelles, mais aussi parce qu'elles vont de pair avec la diffusion du virus du Sida.