«ANDi», né le 2 octobre dernier dans l'Oregon, est porteur du gène codant pour la protéine responsable de la fluorescence verte de la méduse. Le macaque n'est pas vert fluo, car le gène ajouté à son bagage chromosomique n'est pas exprimé.

ANDi, né le 2 octobre dernier dans l'Oregon, est apparemment un macaque comme les autres. Selon ses gardiens, il se porte bien, il est alerte et joue comme les enfants de son âge avec ses compagnons. Dans son avis de naissance, paru le 12 janvier dans la revue Science, les chercheurs signalent toutefois qu'il est doté d'une caractéristique plutôt originale: il possède un gène supplémentaire, provenant d'une méduse, censé le rendre fluorescent. ANDi est donc transgénique, comme peut l'être une souris ou un plant de soja, et c'est une grande première pour un primate. Il a, pour l'instant, une grande chance: la greffe n'a pas aussi bien pris que prévu, ce qui lui évite d'être vert fluo lorsqu'il passe sous une lampe spéciale.

Après la souris, la mouche drosophile, le crapaud, le poisson, la vache, le porc, la brebis – la liste n'est pas exhaustive –, le macaque entre ainsi dans le club des animaux à qui l'on a ajouté un gène supplémentaire, provenant d'une autre espèce animale.

A quoi peut bien servir ce singe médusé? «Il va certainement enrichir nos connaissances fondamentales en embryologie des primates, note Denis Duboule, professeur de génétique au Département de zoologie et de physiologie animale à l'Université de Genève. Ce macaque va aussi nous renseigner sur les potentialités des primates à être modifiés génétiquement.»

Les géniteurs d'ANDi, quant à eux, affichent des ambitions beaucoup plus thérapeutiques. Ils pensent utiliser les futurs singes transgéniques «pour traiter des maladies dévastatrices». Ils soulignent que l'animal, beaucoup plus proche de l'homme, pourrait devenir un modèle expérimental meilleur que la souris, notamment pour étudier des affections neurologiques ou psychiques, comme les maladies d'Alzheimer, de Parkinson ou la dépression.

«Bien sûr que le singe est plus proche de l'homme, note Denis Duboule. Mais même si on arrivait à créer par génie génétique des singes portant les gènes responsables de certaines maladies, ils resteraient des modèles peu pratiques à étudier: contrairement aux souris, ils se reproduisent peu, ils grandissent lentement, il leur faut des années pour vieillir.» De plus, les maladies humaines encore mal maîtrisées ne sont souvent pas dues au dysfonctionnement d'un seul gène. Créer un modèle animal de la maladie reviendrait donc à effectuer cinq ou six modifications génétiques, toutes bien ciblées sur les chromosomes pour que les gènes soient correctement exprimés. «Difficilement réalisable», commente Denis Duboule, qui juge délicat de manipuler des singes à grande échelle. Justement parce qu'ils sont si proches de nous.