La poupée Barbie, dit-on, est le symbole de l'éternelle jeunesse. C'est faux. Sa chair de chlorure de polyvinyle (PVC), à l'instar de beaucoup de témoins de notre siècle, vieillit encore plus vite que ce que l'on supposait. Yvonne Sahshoua, spécialiste de la conservation des plastiques au Musée national du Danemark, a expliqué les mécanismes de cette dégradation durant la réunion annuelle de la Société américaine de chimie, qui s'est tenue du 20 au 24 août à Washington, et qui a consacré un symposium d'un jour à la question de la conservation des objets historiques.

Le PVC, comme les autres plastiques, est composé de polymères, des molécules en forme de longues chaînes. A la fabrication, ces molécules sont mélangées à une substance qui leur permet de glisser les unes sur les autres, et qui confère au matériau sa souplesse. Or ce «liant» se met à migrer vers la surface du PVC où il crée des taches toxiques. Le phénomène est déjà sensible après une dizaine d'années. Le plastique, progressivement privé de liant, devient très vulnérable. Sa dégradation produit un gaz très corrosif, le chlorure d'hydrogène, qui attaque les surfaces métalliques avoisinantes. Les boucles d'oreilles de Barbie, par exemple, déposent des oxydes verdâtres sur le cou de la poupée.

Que faire? Impossible d'arrêter totalement ces réactions chimiques en chaîne. Yvonne Sahshoua propose de conserver les collections dans des congélateurs. En effet, la température joue un rôle déterminant dans la vitesse d'une réaction chimique. Plus elle est basse, plus la réaction est lente. Une autre précaution consiste à utiliser des substances absorbantes pour capturer immédiatement les vapeurs acides produites par la dégradation du plastique.

Avec Barbie, ce sont d'innombrables objets historiques récents qui sont menacés de décomposition. Lors du même symposium, une responsable du Musée national de l'air et de l'espace des Etats-Unis a évoqué le vieillissement des combinaisons spatiales. Si celles-ci résistent au vide sidéral, elles se révèlent aussi fragiles que des poupées face au vieillissement. Elles sont aussi faites de polymères. Les scientifiques ont encore abordé le cas des toiles de maîtres. Les nombreux traitements que leur ont prodigués des conservateurs bien intentionnés ne facilitent pas la tâche des chimistes, qui emploient toute leur science à sauver ces chefs-d'œuvre.