Le 8 novembre, une formidable bataille s'est jouée à notre insu, quelques milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes. Ce jour-là, secoué par le plus grand orage jamais observé depuis 25 ans, le Soleil a éjecté des dizaines de tonnes d'électrons, de protons et d'ions en direction de notre planète. Sous l'assaut, les défenses naturelles de notre bonne vieille Terre ont reculé, mais tenu bon. Très peu de ces particules chargées, susceptibles de mettre à mal les systèmes de communication ou de provoquer des surtensions dans les appareils électriques, ont réussi à atteindre le sol. Les rares à y être parvenues n'ont provoqué que de pacifiques aurores boréales ou australes.

Témoins de cet événement, les chercheurs de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont présenté le 16 février à Paris les premiers résultats scientifiques de la mission Cluster II, destinée à étudier les relations tumultueuses du Soleil et de la Terre. Les quatre satellites Cluster, lancés par paire à la mi-juillet et à la mi-août, observent in situ les effets des «vents solaires», ces flux de particules éjectés en permanence par le Soleil, sur le proche environnement terrestre (lire Sciences & Multimédia du 11 juillet 2000). Disposés en tétraèdre sur une orbite variant entre 19 000 et 119 000 kilomètres, ils ont évolué durant plusieurs semaines de part et d'autre de la magnétopause, la frontière qui limite la région de l'espace où s'exerce le champ magnétique terrestre. Grâce à cet astucieux choix de navigation, les scientifiques ont pu filmer pour la première fois en trois dimensions les évolutions de cette barrière qui protège notre planète du dangereux bombardement solaire.

Les données de Cluster II ont confirmé que la magnétopause est en perpétuel mouvement. Elle se déplace et se creuse sous l'effet des «bourrasques» solaires. «Les satellites ont montré qu'elle est parcourue d'ondulations, explique Nicole Cornilleau-Wehrlin, responsable de l'expérience STAFF de la mission. Le phénomène évoque une vague qui se formerait à la surface de la mer sous l'action du vent.» Les scientifiques ont pu mesurer, pour la première fois, la taille et la vitesse de cette onde. Des informations essentielles pour comprendre et prédire ces phénomènes.