C'est une boîte noire accrochée au mur. Avec une lampe de poche, le curieux peut l'éclairer et y voir une ampoule, apparemment au centre d'un fourreau carré creusé dans la boîte. Mais s'il y passe la main, il ne touche rien. Par un jeu de miroirs, l'ampoule, en réalité cachée sous le fourreau, paraissait placée à la hauteur du regard.

Cette expérience, «l'objet fantôme», est une des plus appréciées des enfants qui ont déjà visité l'Espace des inventions. Inauguré samedi 2 décembre, ce petit musée est logé dans un endroit à forte densité historique, la Vallée de la Jeunesse, au sud-ouest de Lausanne: bâtie pour l'Exposition nationale de 1964 par les lobbies du ciment, ces volutes de béton ont longtemps croupi entre deux squats et quelques fêtes off avant d'être reprises en main par les autorités. Canton et Ville ont soutenu, de concert avec l'Université et l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), la naissance de ce musée scientifique destiné aux enfants, plus ou moins grands.

Sa directrice, Emmanuelle Giacometti, est issue de l'EPFL, où elle a obtenu un doctorat de physique. En dépit de soutiens financiers maigres – la recherche de fonds est toujours en cours pour l'année prochaine –, elle a pu ouvrir à temps l'exposition inaugurale, La Lumière: voir plus loin que le bout de son nez, dont les installations ont été conçues par un autre ancien du «Poly», le microtechnicien Romain Roduit.

Sur le plan de la vulgarisation, le pari est gagné. L'exposition est certes limitée, mais ses composants semblent particulièrement bien conçus pour une visite didactique. Les enfants peuvent y découvrir le fonctionnement de la vision grâce à un «œil géant», s'amuser avec «l'objet fantôme» et son illusion d'optique ou entrer dans un kaléidoscope grandeur nature pour étudier l'effet des miroirs. Ils jouent aussi à un «flipper lumineux» qui apprend à utiliser des petits miroirs pour diriger un faisceau sur une cible, ou avec une «île de lumière» composée de plusieurs lentilles convergentes ou divergentes. Enfin, ils peuvent découvrir le fonctionnement des codes-barres apposés sur les produits achetés au supermarché grâce à un laser qui lit des bandes noires et blanches ainsi qu'une caméra qui, simultanément, montre les variations d'intensité lumineuse formant le code…

«Pour l'instant, explique Emmanuelle Giacometti, nous testons, nous observons les réactions des enfants.» Et pour cause: l'Espace des inventions est le premier du genre en Suisse romande. Sur le plan national, seule Winterthour, avec son Technorama, dispose d'une institution du même genre, mais plus grande. Soucieuse d'établir une assise régionale au plus vite, la directrice place d'emblée son «Espace» dans le réseau des maisons de la science de Suisse romande, en cours de création.

Le bassin de population concerné est large. Etant unique, l'Espace des inventions peut viser les écoles primaires de Suisse romande et de France voisine. Non comme destination exclusive, mais à titre d'étape dans une course d'école. En outre, le «club des petits inventeurs» propose des après-midi de science ludique aux plus chevronnés. Aux adolescents, les responsables espèrent offrir dès l'année prochaine des conférences-débats. Et le lieu peut évidemment être requis par l'Université ou l'EPFL pour présenter leurs travaux.

Reste à définir, dans un registre de vulgarisation ludique comme celui-ci, la frontière délicate entre l'amusement proche du parc de loisirs et l'explication sensée. Emmanuelle Giacometti mise avant tout sur la quinzaine d'étudiants qui encadrent les enfants lors des visites de groupes: «Il est vrai que les enfants ont tendance à zapper, mais nous pouvons enrichir la visite si un animateur met les expositions en perspective.» Le déroulement de la visite est d'ailleurs adapté, en plaçant les sujets les plus complexes au début, lorsque la concentration est optimale. En outre, certaines installations, comme les codes-barres ou une autre qui explique l'illusion de voir de l'eau sur la route lorsqu'il fait chaud, sont d'emblée plus parlantes: «Les enfants aiment lorsque l'explication se rattache à un phénomène qu'ils ont vu auparavant.» Leurs parents ne sont pas si différents.

Espace des inventions, Vallée de la Jeunesse 1, Lausanne. Ouvert du mercredi au vendredi de 14 à 18 h (matinées pour les groupes, sur réservation), samedi et dimanche de 11 à 17 h. 021/315 68 81, http://www.espace-des-inventions.ch