politique scientifique

Des scientifiques appellent à la création d’un «CERN de l’intelligence artificielle»

Inquiets face à la fuite des cerveaux aux Etats-Unis et à la montée en puissance de la Chine, des spécialistes européens, dont plusieurs Suisses, demandent la création d’une organisation scientifique intergouvernementale capable de maintenir l’Europe dans la course à l’IA

L’Europe est à la traîne sur l’intelligence artificielle (IA). Inquiets face à ce constat, d’éminents scientifiques spécialistes en la matière ont publié une lettre ouverte, que le Guardian a dévoilée en exclusivité lundi 23 avril. Ils appellent à la création d’un vaste institut européen de recherche en intelligence artificielle, destiné notamment à tarir la fuite des cerveaux vers les Etats-Unis et à contrer la fulgurante montée en puissance de la Chine dans ce domaine.

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De la même manière que le CERN fut bâti après la Seconde Guerre mondiale afin de relancer l’Europe scientifique et nucléaire, les signataires ont imaginé un vaste institut international capable de rivaliser avec les ténors du domaine, parmi lesquels le Massachusetts Institute of Technology et les Universités Berkeley et Stanford.

La Suisse veut en être

Temporairement baptisé «Ellis», acronyme anglais pour «laboratoire européen pour les systèmes intelligents et d’apprentissage», l’établissement devra être capable de garantir d’excellentes conditions de travail, avec des salaires compétitifs, une visibilité internationale ainsi que l’indépendance académique de rigueur.

Mais, contrairement au CERN, Ellis serait réparti entre plusieurs pays. Piloté depuis la France et l’Allemagne, il disposerait d’antennes au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Israël et aussi en Suisse, peut-on lire dans le document. Plusieurs chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich font d’ailleurs partie des signataires, de même que son président, Lino Guzzella. Plus surprenant, Olivier Bousquet, responsable du machine learning chez Google, y figure également.

Le chantier devra démarrer sans attendre, ajoutent les auteurs. Les pays participants financeraient chacun à leur hauteur la construction et le fonctionnement de l’institut, qui aurait le statut d’organisation intergouvernementale, comme l’ont le Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) et l’Observatoire européen austral (ESO).

Il y a urgence, insistent les chercheurs. L’Europe est d’après eux en train de perdre la course au leadership face aux Etats-Unis et à la Chine, deux pays qui monopolisent à eux deux la plupart des centres de recherche et des entreprises les plus influentes en IA. Bien que quelques centres stratégiques demeurent en Europe, ces derniers ploient sous les assauts des recruteurs des firmes américaines, préviennent les auteurs. Bon nombre de doctorants talentueux sont ainsi recrutés avant même la fin de leur cursus, attirés par le prestige de Facebook, Google ou Amazon ainsi que par leurs salaires annuels à six chiffres.

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