ANIMAUX BADASS (3/5)

Le scorpion, un vrai dur à cuire

Le Temps explore les durs à cuire du règne animal. Le scorpion a bien mérité sa place dans notre top 5

Attention scorpion! Le premier réflexe est d’avoir un mouvement de recul, voire de prendre ses jambes à son cou. C’est que ces arachnides ont mauvaise réputation. Discrets, agiles et venimeux, on les dit également coriaces, capables de résister à toutes sortes de tortures. Rois de l’adaptation, ce n’est pas un hasard si les scorpions ont colonisé tous les continents de la planète, sauf l’Antarctique.

L’une des espèces les plus dures à cuire est sans doute Androctonus amoreuxi. Présent en Mauritanie, au Maroc, en Algérie, en Libye, en Egypte et en Israël, il vit dans les sables désertiques. A milieu extrême, adaptation extrême: ce scorpion peut jeûner durant trois ans! Lorsqu’il doit se rassasier, il rentabilise: il boit uniquement grâce à l’eau de ses proies qui sont des lézards, des grillons voire d’autres scorpions.

Une option tout terrain très utile surtout en milieu radioactif. Alors que la dose létale pour l’homme oscille entre 8 et 10 grays, Monsieur Amoreuxi résiste à un bombardement allant de 150 à 250 grays. Deux raisons sont avancées pour justifier cette ultrarésistance. La première source de contamination radioactive étant l’eau, Androctonus amoreuxi est plus protégé que les autres grâce à son jeûne prolongé. Et pour combattre le rayonnement, son ADN prend le relais: «Le scorpion a un superoxyde dismutase, une protéine qui lui permettrait de réparer ses gènes» explique Max Goyffon, spécialiste des scorpions au Museum national d’histoire naturelle de Paris. Capable de réparer ses gènes, un atout qui expliquerait le faible taux de cancer chez ces arthropodes. Les scientifiques s’intéressent de près à ce spécimen pour trouver des remèdes anticancéreux par exemple. Mais il a une autre capacité, pas très utile dans le désert, certes, mais surprenante: «Si on congèle un scorpion un petit moment, il va continuer à vivre. Il résiste aussi aux hautes températures», raconte Michel Ansermet, ancien directeur du Vivarium de Lausanne.

Un scorpion fort mais peureux

Puisqu’on n’est pas à une fonction inutile près, le scorpion est fluorescent la nuit. «Si l’on se promène la nuit avec une lampe à ultraviolets, on voit les scorpions d’un beau vert fluorescent» décrit Michel Ansermet. Cette supercapacité est observée également chez des papillons de nuit mais les scientifiques en ignorent la raison. En effet, le scorpion chasse la nuit et n’a donc pas d’intérêt a priori à se faire remarquer en soirée.

Pour chasser, le scorpion utilise son arme la plus connue: le venin. Ce scorpion a un venin très toxique, d’une puissance notée 5/5. La dose létale est de 0,75 mg/kg. A comparer avec le cyanure qui oscille entre 0,5 et 3 mg/kg. Mais ça, on pouvait le savoir sans le mesurer. Ce gros scorpion jaune appartient au genre Androctonus en raison de l’épaisseur de sa queue. Or, chez les scorpions, plus la queue est grosse, plus elle est venimeuse. Mais comme on ne peut pas tout avoir, plus la queue d’un scorpion est épaisse, plus les pinces sont petites. Androctonus Amoreuxi est plutôt du style trapu à petits bras.

Etant un arachnide à sang froid, il lui faut de la chaleur, mais un peu de fraîcheur quand même pour ne pas se déshydrater trop vite. Il est donc introuvable la journée: planqué sous les rochers, dans les murs, sous le sable, voire dans les chaussures et les valises. «Le scorpion est un opportuniste, il va toujours s’enfiler dans quelque chose!» détaille l’ancien directeur lausannois. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle il y a des piqûres de scorpion, toutes espèces confondues, notamment en Afrique et en Inde: on enfile les chaussures sans regarder, on marche pieds nus, voire on soulève des pierres ou autres sous lesquelles se trouve l’animal. Et vu le dur à cuire que c’est, s’il se faufile dans un conteneur, il est bon pour traverser les mers, en se nourrissant des quelques blattes qui font le voyage avec lui. C’est pourquoi on en retrouve en Europe dans les valises lors des retours de vacances, dans certaines cagettes de fruits sur les marchés…

L’arachnide le plus féroce

Vu la famille évolutive à laquelle il appartient, les arachnides, on pourrait se dire qu’il a une belle concurrence niveau dur à cuire. Qui de l’araignée ou du scorpion remporte le trophée? «Le scorpion a une carapace plus compacte et plus rigide qu’une araignée», signale le Lausannois. Il a aussi un autre avantage sur sa cousine: les petits du scorpion, appelés pullus, naissent directement formés et grimpent sur le dos de leur mère jusqu’à être aptes à vivre leur vie en solitaire. Ils sont entre 30 et 90 pullus par portée. L’araignée, elle, pond des œufs qui sont donc plus fragiles. Malgré tout, le scorpion se fait parfois manger par une veuve noire ou une mygale qui passe par là…

Près de 1500 espèces de scorpions sont référencées, un nombre qui évolue peu. Ils sont parmi les premiers dans l’évolution à être sortis de l’eau pour conquérir la surface terrestre et pourtant, on découvre toujours de nouvelles capacités chez ces animaux. Même si nous n’avons pas d’Androctonus amoreuxi chez nous, la Suisse a aussi quelques espèces de scorpions. Alors si vous en croisez un, n’oubliez pas que vous faites face à un super-héros.

Dossier
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