49,5°C enregistrés fin juin dans la petite ville canadienne de Lytton. 47,4°C mesurés le 14 août à Montoro, dans la province de Cordoue. Plusieurs records de température nationaux – encore provisoires, ils doivent faire l’objet de vérifications – ont été annoncés au cours de ces dernières semaines. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Les climatologues prévoient en effet que les extrêmes climatiques vont se multiplier en raison du réchauffement.

L’Europe doit ainsi se préparer à des températures supérieures à 50 degrés, a récemment averti Bob Stefanski, chef des services climatiques appliqués à l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Comme le souligne le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le climat change plus vite qu’on le craignait, par la faute de l’humanité.

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Les records de température apportent de précieux renseignements sur l’évolution du climat et sont à ce titre scrutés de près par les experts de l’OMM. Depuis 2007, ils se chargent de les vérifier et de les enregistrer dans une base de données qui recense les records mondiaux, hémisphériques et régionaux d’un certain nombre de conditions météorologiques extrêmes (température mais aussi pluie, rafales de vent, hauteur des vagues, durée des éclairs…) et le nombre de décès dus à ces phénomènes.

Enquête de plusieurs mois

C’est au professeur en sciences géographiques à l’Université d’Etat de l’Arizona Randall Cerveny, aujourd’hui rapporteur pour les extrêmes météorologiques et climatiques de l’OMM, qu’en revient l’initiative. En 2005, regardant à la télévision les images de l’ouragan Katrina inondant La Nouvelle Orléans, il est frappé par un commentaire que répétaient les journalistes: «C’est le pire ouragan de tous les temps.» Or l’expert sait qu’il n’en était rien: si Katrina a fait plus de 1800 décès, en 1970 un cyclone avait fait au moins 300 000 morts dans une région de l’actuel Bangladesh. L’année d’après, le chercheur publie un article scientifique demandant la création d’une base de données mondiale et officielle sur les records.

La principale raison d’être de cette dernière est de déterminer avec précision l’ampleur et le rythme de l’évolution du climat planétaire. Il est aussi «extrêmement important de connaître les extrêmes météorologiques et climatiques pour le secteur de la santé et du génie civil», explique Randall Cerveny, citant en exemple l’architecte qui, lors de la conception d’un pont, doit connaître la vitesse maximale à laquelle pourrait souffler le vent. Faire progresser la science tout en permettant d’éviter aux médias d’enfler certains événements climatiques: autant d’autres bonnes raisons de disposer d’un registre international fiable.

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Certifier un record de chaleur prend habituellement plusieurs mois, et certains d’entre eux ne seront jamais reconnus, si les instruments utilisés ne sont pas homologués ou si le protocole d’enregistrement n’a pas été scrupuleusement respecté. Pour vérifier un record, l’OMM contacte d’abord le service météorologique du pays concerné et l’organisation spécifique qui a enregistré le record supposé afin d’obtenir les données brutes et les détails sur l’emplacement exact de l’observation, le genre de matériel employé et les conditions météorologiques régionales.

Après une première évaluation menée par la Commission de climatologie de l’OMM sur la valeur mesurée et les éléments d’information qui l’accompagnent, un comité d’experts en sciences de l’atmosphère examine à son tour les données. Sur la base de la recommandation du comité, le rapporteur prononce un jugement définitif. Jusqu’à présent, «aucune des conclusions du comité n’a été annulée», se félicite le rapporteur.

Dans le passé et sur le terrain

Ces enquêtes peuvent amener les experts de l’OMM à se replonger dans le passé et à s’aventurer sur le terrain, y compris dans des conditions dangereuses. Pendant la révolution libyenne de 2011, ils se sont rendus sur place pour étudier le record mondial de chaleur de 58°C mesuré en 1922 à El Azizia, dans la Libye moderne. Le record a été invalidé, en raison d’une erreur de relevé faite par un «nouvel observateur inexpérimenté».

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Depuis, c’est la station américaine de Furnace Creek, dans la vallée de la Mort, qui a repris le record mondial de chaleur, enregistré le 10 juillet 1913: 56,7°C. Le record européen est détenu depuis 1977 par la Grèce avec 48°C mesurés à Athènes. La température la plus basse jamais enregistrée sur terre (-89,2°C) l’a été le 21 juillet 1983 à la station Vostok dans l’Antarctique.

Début juillet, l’OMM a validé un record de température maximum pour la région antarctique: 18,3°C avaient été relevés à la station d’Esperanza, en Argentine, le 6 février 2020. Mais les experts ont rejeté un autre relevé, encore plus élevé et largement médiatisé, signalé la même année à une station brésilienne de surveillance automatisée du pergélisol installée sur l’île de Seymour, au large de la péninsule antarctique.