L’élément chimique du jour

Seaborgium, la guerre des «transfermiens»

A l’occasion de l’Année internationale de la chimie 2011, «Le Temps» présente chaque jour, avec l’aide du chimiste Didier Perret de l’Université de Genève, l’un des éléments du tableau de Mendeleïev.

Le seaborgium est un atome artificiel, qui n’existe donc pas dans la Nature, et qui ne sert à rien. En revanche, l’attribution de son nom, en l’honneur du chimiste américain Glenn Seaborg (1912-1999), a créé une longue polémique au sein de l’Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC). Elle a éclaté en 1974 au moment où des voix se sont élevées contre le fait que l’on ne pouvait pas donner à un nouvel élément le nom de quelqu’un encore vivant, même si cette personne était le découvreur de dix autres atomes (les éléments aux numéros 94 à 103). Dans la meilleure tradition de la Guerre froide, l’Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna, en ex-URSS, en a ajouté une couche en disputant la paternité des éléments 104, 105 et 106, eux aussi artificiels et recréés en laboratoire, dont la découverte avait été annoncée par l’Université de Californie à Berkeley, où Seaborg avait travaillé. L’âpre lutte, connue comme la «guerre des transfermiens», ne s’est achevée qu’en 1997 par un compromis. Lors de la 39e assemblée de l’IUPAC à Genève, l’élément 104 est devenu le rutherfordium (en l’honneur du physicien Ernest Rutherford), le 105 le dubnium (en référence à Doubna) et le 106 le seaborgium. Jusqu’à sa mort, le chimiste a ainsi pu écrire son adresse postale rien qu’avec des éléments du tableau périodique: seaborgium, lawrencium (103) et berkélium (97) – pour le Laboratoire Lawrence Berkeley où il a œuvré –, californium (98) et enfin américium (95).

Pour l’Année internationale de la chimie 2011, Le Temps présente chaque jour, avec l’aide du chimiste Didier Perret de l’Uni de Genève, l’un des éléments du tableau de Mendeleïev.

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