Climat

La sécheresse californienne à la loupe

L’aridité qui frappe la côte Ouest des Etats-Unis depuis quatre ans a pour principal facteur le manque de précipitations. Un phénomène semble-t-il aggravé par le réchauffement climatique

La sécheresse californienne à la loupe

Climat L’aridité qui frappe la côte Ouest des Etats-Unis depuis quatre ans a pour principal facteur le manque de précipitations

Un phénomène semble-t-il aggravé par le réchauffement climatique

La Californie subit-elle les premiers effets puissants du changement climatique? La sévère sécheresse qu’elle connaît depuis 2011 soulève inévitablement la question du lien entre le climat et une pénurie grave d’eau qui a poussé le gouverneur Jerry Brown à imposer des réductions de 25 à 36% de la consommation d’eau dans les villes de cet Etat de la côte Ouest des Etats-Unis. Réunis en conclave dans le ­cadre d’une conférence de l’Union américaine de géophysique (AGU) à Irvine, au sud de Los Angeles, plusieurs scientifiques se sont gardés de tirer des conclusions hâtives.

Les sécheresses en Californie, typiques du climat méditerranéen, sont plutôt la norme que l’exception. Le «Golden State» en a déjà connu qui ont duré des décennies. Au IXe siècle, l’une d’elles dura même deux siècles. Paléoclimatologue à l’Université d’Etat de Californie de Fullerton, Matthew Kirby analyse les sédiments des lacs californiens pour tenter d’y voir plus clair. En analysant la taille des grains de sable enfouis dans la fange, il a pu déterminer les conditions climatiques qui ont régné par le passé. «Nous avons pu constater des périodes de très longue sécheresse, au point qu’il fallait presque parler de changement climatique», relève-t-il. Il n’en demeure pas moins que la présente sécheresse est, selon l’AGU, la pire depuis plus de 1200 ans.

Professeur au sein de l’Institut d’océanographie Scripps de l’Université de Californie, Daniel Cayan reste prudent, bien que le réchauffement climatique soit l’un de ses sujets de prédilection: «Pour l’heure, la sécheresse est largement le résultat d’un manque de précipitations. En seize ans, la Californie a perdu deux à trois ans de précipitations. Le phénomène est accentué par le fait qu’elle dépend de façon disproportionnée d’un nombre limité de jours de pluie. 95% des précipitations ne varient que très peu, mais les 5% restants sont très volatils. Cette volatilité est beaucoup plus marquée qu’ailleurs aux Etats-Unis.» La Californie n’a en gros que 120 jours pour accumuler les deux tiers de ses précipitations annuelles.

A ce manque s’ajoutent des températures anormalement élevées, qui accentuent l’effet d’évaporation et aggravent le phénomène de sécheresse. Les statistiques sont éloquentes. La Californie a connu l’année et l’hiver les plus chauds de son histoire en 2014. En mars de cette année, Los Angeles a enregistré six jours à plus de 32 degrés Celsius, un record absolu. Les températures moyennes de San Diego, Los Angeles, Fresno ou Sacramento n’ont jamais été aussi élevées qu’en mars. L’accumulation de neige dans la Sierra Nevada a fortement reculé, ne représentant plus que 5% du niveau normal. Les eaux de ruissellement alimentent encore les rivières et les lacs en hiver, mais tarissent au printemps, là où elles seraient nécessaires. Daniel Cayan estime que le réchauffement climatique, sans être la cause de la sécheresse californienne, peut la renforcer en réduisant le volume de précipitations, en particulier dans le sud de l’Etat. Actuellement, le déficit hydrologique est évalué à 5%.

Les causes de la sécheresse en Californie sont multiples et certaines ne sont pas faciles à identifier au vu de la complexité des systèmes climatiques. L’augmentation des gaz à effets de serre dans l’atmosphère est un facteur de réchauffement. Par ailleurs, certains scientifiques jugent probable que La Niña, un phénomène climatique caractérisé par des températures plus basses que la normale dans la zone tropicale de l’océan Pacifique, ait contribué à réduire le nombre d’orages atteignant la Californie. Daniel Cayan nuance, la Niña et El Niño ne produisant pas toujours des effets linéaires. El Niño a peut-être provoqué d’intenses précipitations hivernales en Californie en 1998, «mais il n’est pas toujours générateur d’humidité. La Niña aurait plutôt tendance à créer des conditions arides dans le sud de la Californie alors que, dans le nord, son effet est variable. Elle peut causer davantage d’humidité ou de sécheresse.» Une chose est sûre: l’océan joue un rôle déterminant. Les hautes pressions dans le Pacifique, non loin des côtes, sont aussi un facteur favorisant la sécheresse, empêchant un climat humide d’atteindre la Californie.

La conférence de l’Union américaine de géophysique a tenté d’explorer les possibilités de mettre en place des systèmes d’alerte. Directrice des Ressources inter-Etats du Département de l’eau de l’Etat de Californie, Jeanine Jones y a exprimé le souhait des politiques, qui demandent une meilleure prévisibilité des précipitations. Un exercice très difficile. Martin Hoerling, de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique à Boulder, admet que l’océan Pacifique peut donner des indications sur les périodes de pluie, mais prévoir longtemps à l’avance de tels phénomènes restent une gageure. Chercheur à l’Université de Californie à Irvine, Amir AghaKouchak est d’avis qu’il y a des moyens d’accroître la résilience des systèmes face à la sécheresse. Mais il déplore le fait qu’à ce jour, seules 25% des données collectées sont utilisées dans ce sens. L’intégration de données statistiques diverses est à même d’offrir des enseignements utiles. «En intégrant par exemple les données relatives à l’agriculture et à la météorologie pour qualifier la sécheresse agro-météorologique, ajoute-t-il, nous disposons d’informations plus complémentaires.»

La prudence des scientifiques américains pour qualifier la sécheresse californienne se comprend, ces derniers s’en tenant strictement aux faits. Prudence dont pourrait profiter le camp républicain: au sein du 114e Congrès qui a été intronisé au début janvier, 56% des républicains refusent la thèse du changement climatique ou la science qui la sous-tend. Ils n’hésiteront pas à se précipiter sur des évaluations scientifiques fantaisistes. En Floride, le gouverneur républicain Rick Scott a interdit en 2011 au Département de la protection de l’environnement d’utiliser les termes «changement climatique» et «hausse du niveau des mers» dans ses rapports. Récemment, un employé de l’administration du gouverneur Scott a même été suspendu pour s’être trop aventuré sur ce terrain que les climato-sceptiques jugent miné.

Températures élevées et manque de pluies font de la présente sécheresse la pire depuis plus de 1200 ans

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