Un désert de dunes. Vaste, désolé, aride. Paysage de bosses figées, tels des vestiges du temps passé où Mars était balayée par des courants violents. C’est ainsi qu’ont longtemps été considérées les zones situées aux pôles de la planète rouge. Depuis que l’astre fait l’objet d’une surveillance étroite de la part d’une batterie de satellites, cette image change un peu. Il semble même que ces dunes se déplacent au fil des saisons. Mais par quel phénomène?

Les vents martiens sont aujour­d’hui faibles, car l’atmosphère de la planète a perdu beaucoup de sa densité depuis sa formation – elle est 100 fois moins dense que celle de la Terre. Difficile donc d’en faire les uniques «moteurs» du mystérieux louvoiement des dunes martiennes. Une équipe incluant des géologues de l’Université de Berne avance une autre explication, publiée aujourd’hui dans Science. Ceci grâce aux images de la caméra HiRISE de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. Des clichés pris consécutivement aux mêmes endroits, durant deux années martiennes (soit quatre ans terrestres).

Glace sèche aux pôles

Situées à de hautes latitudes martiennes et occupant 845 000 km2 (soit 20 fois la surface de la Suisse), ces dunes sont recouvertes de glace de CO2, aussi appelée glace «sèche». «Au printemps martien, les rayons du Soleil traversent cette glace, et chauffent la surface des dunes, explique Ganna Portyankina, de l’Université de Berne. En retour, ce sol réchauffé fait se sublimer la glace à son contact»; celle-ci passe directement de l’état solide à l’état gazeux. «Ce gaz emprisonné tend alors à s’extraire par les anfractuosités, entraînant avec lui des grains de sable sombres, qui roulent en avalanches sur les dunes», les volumes atteignant parfois des centaines de mètres cubes! Et la dune d’«avancer».

«Comprendre comment Mars change aujourd’hui est crucial pour reconstruire l’histoire de la planète», conclut Alfred McEwen, professeur à l’Université d’Arizona et responsable de la caméra HiRISE.