L’astronomie ne se pratique pas qu’au Chili ou à Hawaï. Au Sénégal, une coopération internationale a permis fin septembre d’observer un lointain astéroïde dans le cadre d’un projet préparatoire au lancement d’une mission de la NASA.

Nommée Lucy, la mission débutera en octobre 2021 pour douze ans. Elle a pour but de survoler plusieurs astéroïdes du Système solaire, un dans la ceinture principale entre Mars et Jupiter, et six astéroïdes troyens de Jupiter, nom donné à certains de ces corps célestes accompagnant la géante gazeuse sur son orbite autour du Soleil.

Avant d’aller flirter avec ces cailloux cosmiques, les astronomes doivent en déterminer la taille et la forme. Pour ce faire, ils ont observé une occultation stellaire, c’est-à-dire le passage de l’astéroïde devant une étoile, afin de profiter de la lumière.

Polymèle

La campagne a été menée depuis le sol sénégalais dans la région de Fatick et Kaolack, dans l’ouest du pays, avec l’appui de 14 télescopes mobiles de 20 centimètres de diamètre envoyés par la NASA. Des astronomes sénégalais, belges et français issus de plusieurs instituts et universités ont joint leurs forces pour observer une occultation stellaire par (15094) Polymèle, le plus petit des six astéroïdes troyens de Jupiter, qui sera survolé par la mission Lucy en 2027.

L’expérience n’a pas réuni que des astronomes: des étudiants, professeurs et entrepreneurs se sont joints à l’équipe, des débutants curieux que les professionnels ont formés en quelques jours au maniement des instruments et au traitement des images.

«Le but n’est pas de former une armée d’astrophysiciens», assure Eric Lagadec, astrophysicien au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d'Azur et président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique. Il poursuit: «L’astronomie est un levier pour le développement en Afrique. Elle contribue au rayonnement de la culture scientifique.»

Ce n’est pas la première fois que des observations ont lieu dans le pays dans le cadre de vastes projets d’ampleur mondiale. En 2018, des scientifiques avaient profité d’une occultation stellaire pour analyser l’astéroïde Ultima Thulé (2014 MU69) avant le survol, un an plus tard, de cet objet par la sonde américaine New Horizons.

Lire aussi: Une sonde a survolé l’objet céleste le plus éloigné

Autre fait notable dans le développement de l’astronomie en Afrique, un magazine web spécialisé, L’Astronomie Afrique, a été lancé le 13 octobre. Il est édité par la Société astronomique de France en partenariat avec l’Association sénégalaise pour la promotion de l’astronomie (ASPA).

Python

Pour son président Maram Kaire, l’astronomie fait petit à petit son chemin au Sénégal. Son association en est la preuve, et surtout le moteur. L’astronomie «n’étant pas enseignée dans les universités sénégalaises, il était important de susciter l’intérêt des élèves, étudiants et populations de façon globale à travers un important travail de sensibilisation sur le terrain».

L’ASPA est la seule à œuvrer dans ce domaine dans le pays. Elle organise de nombreux autres événements, notamment «des séances gratuites d’observation du ciel au télescope, des conférences, ateliers de formation et expositions».

Eric Lagadec ajoute, quant à lui, que d’autres projets sont en gestation, parmi lesquels l’ouverture d’une école de programmation en langage Python consacrée à l’astronomie, ainsi que de nouvelles filières universitaires en astronomie et astrophysique.

«L’astronomie est une science qui fascine et c’est un élément à prendre en compte au moment où les jeunes désertent de plus en plus les filières scientifiques. Le Sénégal a entrepris un programme important de réorientation de l’enseignement vers les STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Dans ce cadre, l’astronomie devient un outil efficace, vu l’attention que les jeunes lui accordent, pour les pousser à s’intéresser et à rester dans les études scientifiques.» Outre le Sénégal, des pays tels que le Maroc ou l’Afrique du Sud se profilent également sur ce créneau.