Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La maladie d’Alzheimer atteint environ 33 millions de personnes dans le monde, et ce chiffre devrait presque doubler tous les vingt ans.
© 123RF

Santé

S’est-on trompé de cible contre la maladie d’Alzheimer?

Deux laboratoires ont récemment abandonné leurs essais sur un traitement contre Alzheimer. La recherche a-t-elle fait fausse route en se concentrant sur une piste, celle de la cascade amyloïde, alors qu’il existe d’autres voies porteuses d’espoir?

Coup sur coup ou presque, deux grands laboratoires pharmaceutiques américains ont annoncé qu’ils renonçaient à lancer sur le marché des traitements contre la maladie d’Alzheimer après des essais non concluants: Eli Lilly d’abord, le 24 novembre 2016, Merck ensuite le 15 février dernier.

Point commun entre les approches de ces deux géants, leurs deux molécules expérimentales, le solazenumab pour Eli Lilly et le verubecestat pour Merck, visaient à nettoyer le cerveau des patients des protéines béta-amyloïdes toxiques qui s’y agrègent sous forme de plaques. Cela fait presque trente ans que la recherche pharmaceutique s’est ainsi focalisée sur cet objectif – détruire les plaques pour contrecarrer la maladie — en y engloutissant des milliards de dollars, mais sans les succès escomptés à la clef. Si bien qu’aujourd’hui, les voix qui s’élèvent pour avancer d’autres hypothèses de recherche suscitent un regain d’intérêt.

Lire aussi: L’Alzheimer fera bientôt exploser les coûts de la santé

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative mortelle qui atteint environ 33 millions de personnes dans le monde aujourd’hui. Et ce chiffre devrait presque doubler tous les vingt ans, selon l’Organisation mondiale de la santé. Elle commence au moins dix ans avant que les symptômes sévères (des troubles de mémoire de plus en plus graves) n’apparaissent. La pathologie se caractérise par deux types de dégénérescence dans le cerveau: l’accumulation autour des axones (le prolongement des neurones) de plaques, dues à une mauvaise élimination d’un peptide, la protéine bêta-amyloïde, et la prolifération à l’intérieur des neurones d’une autre protéine, la Tau, qui finit par les étouffer.

Succès chez les souris… mais pas chez l’homme

En 1991, John Hardy, de l’University College de Londres, émet la théorie de la cascade amyloïde: l’accumulation des protéines béta-amyloïdes provoquerait le dysfonctionnement cognitif, ce qui entraînerait ensuite le dérèglement de la protéine Tau, qui tue les neurones. Depuis, tous les espoirs se sont donc portés sur la réduction de ces plaques par des anticorps monoclonaux (dirigé contre une seule cible), comme le solazenumab, ou des vaccins. Et les essais ont bien fonctionné, mais uniquement chez la souris. Et non chez l’homme, où aucune amélioration significative des fonctions cognitives n’a été observée jusqu’à présent.

Pour Andrea Pfeiffer, directrice et cofondatrice de la start-up romande AC Immune, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille abandonner la piste amyloïde. «Le solazenumab visait les protéines amyloïdes sous leur forme simple monomère alors que notre molécule, le crenezumab, s’attaque à leur forme polymère toxique et agrégée en plaques.» Et d’ajouter: «Nous pensons qu’il faut donner des doses plus importantes du médicament et à un stade très précoce de la maladie et non au stade modéré (mild), celui où Eli Lilly et Merck ont fait leurs tests. Merck a d’ailleurs annoncé qu’ils allaient continuer leurs essais sur des patients à un stade moins avancé. Et c’est ce que nous ferons aussi avec le crenezumab, que nous pouvons administrer avec des doses massives sans effet secondaire.»

Lire également: «On évaluera son risque d’Alzheimer comme on teste son taux de cholestérol»

Pour autant, est ce si facile de détecter des patients à ce stade précoce? «Le diagnostic de la maladie s’est beaucoup affiné et précisé» explique le professeur Bruno Dubois de l’Hôpital de la Salpêtrière à Paris. Si bien qu’aujourd’hui en cas de troubles cognitifs légers diagnostiqués par des tests, on peut déterminer avec une quasi-certitude le début de la maladie au moyen de deux examens: une imagerie cérébrale pour détecter un début d’atrophie cérébrale et une ponction lombaire pour doser les protéines bêta-amyloïde et Tau dans le liquide céphalo-rachidien. Cependant à ce stade, comme il n’existe aucun traitement, on peut seulement proposer au patient de l’inclure dans un protocole de recherche.

Devant l’impasse actuelle de la cascade amyloïde, d’autres hypothèses sont à l’étude. Parmi elles, des vaccins et des anticorps visant la protéine Tau, en développement notamment chez AC-Immune, et une piste explorée par le généticien québécois Judes Poirier, codécouvreur d’un gène impliqué dans la maladie, l’APOE4. Celui-ci multiplie par 3 ou par 4 le risque de développer la maladie pour ses porteurs, qui ne produisent pas assez d’APOE, protéine nécessaire au transport du cholestérol, lui-même indispensable à la communication entre les neurones. L’équipe de Judes Poirier teste donc actuellement si un vieux médicament, mis au point dans les années 1970 pour équilibrer le transport de cholestérol dans le sang, serait efficace pour retarder l’apparition de la maladie chez des personnes à risque.

Médicament ou art de vivre?

De son côté, une équipe franco-américaine, entre un laboratoire de Toulouse et l’Université de Cornell, s’intéresse à un autre phénomène: l’altération des innombrables microvaisseaux sanguins, plus fins qu’un cheveu, qui irriguent et alimentent notre cerveau, et qui viendraient à s’obstruer dès le début de la maladie. «Cela entraînerait un ralentissement du débit sanguin considéré jusqu’à présent comme une conséquence de la maladie; or nous pensons qu’il pourrait aussi s’agir de l’une de ses causes» avance Sylvie Lorthois, responsable du projet BrainMicroFlow à l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse.

Comme l’imagerie cérébrale ne permet pas d’observer ces réseaux capillaires, son équipe a entrepris de modéliser l’écoulement sanguin en intégrant les observations effectuées dans les vaisseaux capillaires de rongeurs et dans des réseaux de canaux de même diamètre construits pour l’occasion en silicone par son équipe. Objectif: mieux comprendre l’impact d’un ralentissement du flux sanguin dans les capillaires sur l’alimentation en oxygène et en nutriment des neurones. Une piste intéressante pour comprendre la maladie, mais dont on ignore si elle débouchera un jour sur un traitement.

Or aujourd’hui, une voie plus banale semble porteuse d’espoir. Les seules preuves scientifiques solides, répliquées par une étude suédoise, d’un possible retard de la maladie reposent en effet sur un traitement préventif suivi pendant deux ans et qui combine exercice physique, entraînement mental, socialisation avec une alimentation de type méditerranéen. Au-delà des médicaments, c’est donc peut-être un art de vivre qui permettrait à la maladie de régresser.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST