éditorial

Sexisme dans les milieux scientifiques: merci, Katie Bouman

ÉDITORIAL. Pour barrer la route à l’agenda des trolls sexistes qui veulent dénigrer les travaux d’une jeune scientifique, une seule solution: remercier la jeune femme pour sa contribution à la science

En l’an de grâce 2019, qu’une jeune scientifique attire un peu la lumière ne passe pas au royaume d’internet, gouverné semble-t-il par une sombre guilde d’internautes mâles aigris ne supportant pas un tel affront à leur virilité.

Lire aussi: Katie Bouman, le visage du trou noir M87*, harcelée

On ne peut souhaiter à personne de vivre la mésaventure qu’a subie Katherine Bouman. Cette jeune développeuse informatique de 29 ans a contribué aux travaux ayant permis de reconstruire l’image du trou noir M87*, publiée mercredi 10 avril.

L'émotion de la découverte

Une photo d’elle en plein instant «Eurêka», publiée par son laboratoire, lui vaut depuis d’être cyberharcelée, tandis que des trolls masculinistes organisés ont entrepris de dénigrer et de remettre en question son travail et ses compétences.

Certes, le fait que certains médias – d’une abyssale inculture scientifique – aient présenté la jeune femme comme la chercheuse à qui l’on doit le cliché de M87* est erroné. Et alors? Objets à peine compréhensibles pour l’esprit humain – surtout s’il est étriqué –, les trous noirs ne disent pas grand-chose d’eux-mêmes, c’est d’ailleurs leur nature même. Il se passe exactement l’inverse avec le visage de Katie Bouman. Ses yeux rivés dans les nôtres, elle nous transmet par l’émotion l’importance de la découverte. Son expression raconte quelque chose. Elle ne remplace pas un article. Ni ne remet en question le travail de ses collègues. Alors, pourquoi une telle haine à son encontre? Parce que c’est une femme, évidemment.

Des jérémiades œdipiennes

Dans l’univers encore fort masculin des sciences et des technologies (seulement une quarantaine de chercheuses sur les 215 membres de cette collaboration), les femmes doivent encore lutter pour être traitées comme leurs confrères. Moins bien financées, moins bien payées, et de fait moins publiées et moins souvent citées, elles démarrent la course à la publication scientifique avec de lourds boulets aux pieds. Leurs compétences sont souvent remises en question, et leurs réussites sabotées.

Ce ne sont pas ces quelques ignobles écervelés et leurs jérémiades œdipiennes qui vont améliorer les choses. Combien de jeunes filles tentées par une carrière scientifique seront découragées par leurs perfides attaques? Pour contrecarrer leurs dessins, il ne nous reste plus qu’à lui dire: merci, Katie Bouman, pour votre contribution à la science!


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