Le nombre de nouvelles infections par le virus du sida ne diminue plus à travers le monde, et augmente même dans certaines régions. Telle est la conclusion alarmante d’un nouveau rapport publié mardi 12 juillet par le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), à quelques jours de l’ouverture de la conférence mondiale AIDS à Durban en Afrique du Sud.

«Je tire la sonnette d’alarme, car si rien n’est fait pour améliorer la prévention du sida dans le monde, il sera impossible d’arrêter l’épidémie d’ici à 2030, comme s’y sont engagés les États membres des Nations unies au mois de juin dernier lors d’une réunion à New York», a mis en garde Michel Sidibé, directeur exécutif d’ONUSIDA, lors de la présentation du rapport au Palais des Nations à Genève.

Alors que dans les années 1990, en moyenne 3 millions d’adultes étaient infectés par le VIH chaque année dans le monde, les efforts en matière de prévention ont permis de réduire significativement le nombre de nouvelles infections au cours des années 2000. Cependant, depuis cinq ans, ce nombre reste globalement stable, avec environ 1,9 millions d’adultes contaminés par an. Pire, les infections progressent à nouveau dans certaines régions du monde, révèle le rapport d’ONUSIDA.

Populations à risque

Une augmentation de 57% des nouvelles infections a ainsi été enregistrée depuis 2010 en Europe de l’Est et en Asie centrale. Pendant la même période, le nombre de nouveaux cas a progressé de 9% dans les Caraïbes et de 4% en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Dans les autres régions du monde, et notamment sur le continent le plus durement touché par l’épidémie, l’Afrique, les nouvelles contaminations ont globalement régressé, mais souvent de manière modeste.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer ce phénomène. D’abord, l’accès aux moyens de prévention continue de faire défaut chez les populations les plus à risque, d’après l’ONUSIDA. Les homosexuels, les travailleurs du sexe, les personnes transgenres, les usagers de drogues injectables et les prisonniers ont représenté 35% des nouvelles infections en 2014. «Ces groupes font souvent l’objet de discriminations et les gouvernements rechignent à mettre en place des programmes d’action qui leur sont dédiés», souligne Michel Sidibé.

En Russie et en Ukraine, par exemple, plus de la moitié des nouvelles infections touchent les usagers de drogues. L’ONUSIDA plaide en faveur d’une politique d’accompagnement et non de mise à l’index de ces populations. «Les études montrent que la mise à disposition de seringues et d’opioïdes de substitution permet de réduire efficacement les contaminations par le VIH et la santé globale des usagers de drogues», explique Peter Ghys, directeur du Département Information stratégique et évaluation à l’ONUSIDA.

Autre faille révélée par le rapport, les adolescentes et jeunes femmes d’Afrique subsaharienne continuent de payer un lourd tribut à la maladie. Les trois quarts des personnes de 10 à 19 ans contaminées par le VIH dans cette région sont des jeunes filles. En cause, leur manque d’accès à l’éducation et aux moyens de prévention, mais aussi les violences sexuelles dont elles font l’objet.

Promotion de la circoncision

Enfin, une certaine complaisance vis-à-vis de la maladie jouerait aussi un rôle dans le maintien des infections par le VIH. Elle s’expliquerait paradoxalement par les progrès accomplis dans la lutte contre le sida au cours des dernières années. En 2015, 17 millions de personnes dans le monde recevaient un traitement par antirétroviraux, soit deux fois plus que cinq ans auparavant. «Certaines personnes, notamment chez les jeunes homosexuels des Etats-Unis et d’Europe de l’Ouest, utilisent moins de moyens de protection que par le passé, car ils voient qu’on peut vivre avec la maladie», indique Michel Sidibé.

Devant cette situation, le rapport d’ONUSIDA préconise une intensification des mesures de prévention dirigées en particulier vers les jeunes filles qui résident dans les zones de forte de prévalence du virus. Des programmes de distribution de préservatifs continuent par ailleurs d’être nécessaires – il en faudrait environ 3 millions de plus chaque année en Afrique subsaharienne, estime le rapport. Ce dernier rappelle également l’intérêt de soutenir d’autres approches, telle que la promotion de la circoncision, qui permet de réduire nettement le risque d’infection chez les hommes. La mise sous traitement préventif contre le sida des populations les plus à risques est également efficace pour prévenir les contaminations, mais cette approche est pour l’heure surtout déployée aux Etats-Unis.

L’ONUSIDA rappelle enfin l’importance de maintenir le financement de la lutte contre le sida, qui est cette année à son plus bas niveau depuis 2010. «Avec la réduction des fonds, les approches préventives basées sur la société civile pourraient ne plus être soutenues, alors que ce sont justement elles qui permettent d’atteindre des populations telles que les jeunes filles africaines», s’inquiète Michel Sidibé. Qui compte faire part de ses préoccupations aux acteurs internationaux de la lutte contre le sida, qui seront réunis à Durban dès le 18 juillet.


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