Faut-il reconsidérer la stratégie de dépistage du coronavirus dans les écoles? Jusqu’ici, les lignes directrices émises par l’Office fédéral de la santé publique, l’Association professionnelle de la pédiatrie ambulatoire ainsi que la Société suisse de pédiatrie estimaient que seuls «les enfants présentant des symptômes cardinaux, comme de la fièvre ou une forte toux, devaient rester à la maison et, selon la constellation des symptômes et leur durée, consulter un médecin qui décidera de l’utilité de passer un test».

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L’apparition de nouveaux variants du SARS-CoV-2 plus contagieux pourrait bien changer la donne. Tout comme les récents résultats d’une étude conduite par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Université de Genève, qui révèle que le taux de séroprévalence chez les enfants âgés de plus de 6 ans est quasiment identique à celui de la population générale. Des éléments qui devraient conduire à davantage tester les plus jeunes, selon Silvia Stringhini, responsable de l’unité d’épidémiologie populationnelle des HUG.

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Le Temps: L’étude de séroprévalence que vous avez réalisée à Genève montre que les enfants s’infectent probablement autant que les adultes et transmettent le virus de la même façon. Or les autorités continuent à dire que les écoles ne représentent pas des lieux de contagion, n’est-ce pas aussi par manque de dépistage auprès de cette population?

Silvia Stringhini: Il y a probablement un manque de transparence sur ces questions. Les recommandations de l’OFSP préconisent toujours de tester, et pas forcément de manière systématique, les enfants de moins de 12 ans présentant des symptômes associés au Covid-19 et ayant été en contact étroit avec une personne exposée au SARS-CoV-2. Or nos données, collectées auprès de 1000 enfants entre 0 et 18 ans, montrent que les enfants de plus de 6 ans, même s’ils développent rarement des formes graves de la maladie, sont autant touchés que les adultes, et ceux de moins de 6 ans juste un peu moins. Malgré cela, on constate encore une forte réticence, en Suisse, à encourager le dépistage chez les plus jeunes.

Il est fort possible que les enfants asymptomatiques transmettent moins la maladie, mais il faut garder en tête que les écoles primaires sont les seuls endroits où très peu de mesures de protection ont été mises en place. Or, les enfants entre 6 et 12 ans restent plusieurs heures dans une même salle de classe sans masque, ils sont beaucoup en contact physique avec leurs camarades, ils mangent ensemble à midi. En comparaison avec les adultes, ils sont donc davantage exposés.

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L’apparition de nouveaux variants, plus contagieux, a déjà contraint plusieurs classes en Suisse à être placées en quarantaine. Face à cette nouvelle situation quelles seraient les mesures à prendre selon vous?

Selon moi, le premier pas est de tester de façon beaucoup plus systématique dans les écoles et envisager des fermetures ciblées de classes ou d’écoles lorsque cela est nécessaire.

Pour l’heure, nous n’avons pas encore de grandes évidences scientifiques montrant que les nouveaux variants pourraient être davantage contagieux chez les jeunes enfants. Néanmoins, dans le doute, on doit absolument éviter qu’ils ne se propagent rapidement à large échelle. C’est pour cela que les autorités réagissent plus rapidement, ce qui est parfaitement adéquat.

Ne pensez-vous pas qu’il faudrait fermer les écoles comme cela a été fait lors du premier confinement?

C’est une question complexe. On sait que la fermeture des écoles peut avoir des effets négatifs très lourds, notamment sur les couches les plus défavorisées de la population. Il est donc compréhensible que les autorités essaient de retarder au maximum cette mesure. De plus, compte tenu de la situation épidémiologique actuelle, qui est relativement stable, je ne suis pas certaine qu’une fermeture généralisée des écoles durant quelques semaines pourrait avoir un impact suffisant. Néanmoins, si l’augmentation du nombre de cas devait repartir à la hausse de manière exponentielle, il faudrait s’y résoudre.