Pollution

Six armes contre la marée noire

Comment résorber le pétrole qui s’écoule depuis trois semaines dans le golfe du Mexique? Revue des options

Aucune solution potentielle ne doit être négligée. Tel est le vœu de Barack Obama devant la marée noire qui s’étend depuis trois semaines dans le golfe du Mexique. Un vœu exprimé lundi lors d’une réunion de crise que le président américain a tenue dans la salle ultra-sécurisée, destinée aux réunions d’urgence, de la Maison Blanche en présence de ses secrétaires à la Défense, à la Sécurité intérieure, à l’Energie et à l’Intérieur. Témoin de ce branle-bas de combat désespéré: un communiqué officiel a insisté sur l’importance de consulter des experts indépendants, qu’ils soient des scientifiques ou des techniciens, et de permettre à tous les points de vue de s’exprimer. Revue des principaux moyens à disposition avec Christophe Rousseau, directeur du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre) à Brest.

Le colmatage

Une première idée est d’agir «à la source» en colmatant directement la fuite. Pour ce faire, la compagnie pétrolière responsable, BP, a envisagé l’injection sous très haute pression de débris, de morceaux de pneus, de balles de golf ou de poudre solidifiante. Mais l’opération est difficile à contrôler et les objets lâchés risquent d’aggraver la situation, en élargissant la brèche, par exemple, si le puits est partiellement bouché.

Un puits latéral

Une autre solution est de creuser un puits latéral vers le puits principal et d’y injecter du ciment afin d’arrêter l’écoulement. Le moyen est efficace. Il a pour lui de régler définitivement le problème. Il est d’ailleurs le seul à être régulièrement utilisé avec succès dans ce genre de cas. Mais il a un gros inconvénient: il demande beaucoup de temps, de deux à trois mois dans le cas précis.

Des matières absorbantes

A défaut de pouvoir colmater la brèche, il est aussi possible d’éliminer le pétrole écoulé. Des barrages flottants peuvent être installés dans un premier temps à la surface des flots pour contenir la nappe, puis différents moyens employés pour faire disparaître le brut. L’un d’eux est l’installation de boudins absorbants qui sont ramassés une fois remplis. Une association écologiste américaine, Matter of Trust, a attiré l’attention des médias en proposant de remplir des bas nylons de cheveux et de poils d’animaux. Une livre de cheveux, une matière particulièrement efficace, serait capable d’après elle d’absorber jusqu’à quatre litres de pétrole. Mais de telles solutions, qui font appel au public, restent anecdotiques.

Le feu

Le pétrole qui arrive en surface est léger et facilement inflammable. Il est donc possible de le brûler, en tout cas en partie. L’opération peut être conduite de manière contrôlée. D’autant que les résidus de la combustion sont chimiquement inactifs et ne causent pas de pollution chimique. La manœuvre n’est pas sans aucun danger pourtant: certains résidus, plus lourds que l’eau, coulent au fond de l’océan ce qui signifie qu’ils risquent d’y former une couche épaisse et d’y étouffer toutes sortes d’organismes vivants. Des suies, par ailleurs, se propagent dans l’air.

Les bateaux écrémeurs

Les écrémeurs sont des bateaux spécialisés dans la collecte de pétrole dans l’eau. Ils recourent à différents moyens, comme des cordes sur lesquels le brut vient se coller. Une centaine de ces embarcations sont actuellement utilisées dans le golfe du Mexique. Une entreprise bretonne, Océane, a proposé à BP de mettre à sa disposition un prototype de son invention: un catamaran qui aspire l’eau entre deux bras avant de la traiter entre ses coques. Ce genre de bâtiments constitue l’une des principales armes pour lutter contre la marée noire.

Les dispersants

Il est aussi possible de disperser le pétrole, ce qui le rend moins dangereux (pour les oiseaux, etc.) et plus aisément digérable par les bactéries aquatiques. Le produit utilisé, le Corexist, dissout le brut en petites particules qui coulent vers le fond. Biodégradable, il est habituellement utilisé en surface mais il a été employé en profondeur pour la première fois ces derniers jours. Des inquiétudes se sont manifestées concernant les effets du dispersant sur certaines formes de vie sous-marines. L’opération a été suspendue en conséquence pour analyser plus précisément ses effets. Les résultats des tests sont très attendus: les dispersants constituent, avec les écrémeurs, un rare moyen efficace.

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