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Le prototype de drone stratosphérique Aquila de Facebook, large d'une trentaine de mètres, a accompli son premier vol jeudi

TECHNOLOGIES

De Solar Impulse à Facebook, la course aux drones solaires

Alors que le géant américain de l'Internet a testé avec succès jeudi son engin autonome, le Solar Impulse (Si2) est sur le point d'accomplir son tour du monde, avant de muer aussi en drone solaire

L'avion solaire Solar Impulse (Si2) doit décoller sous peu (dans la nuit de samedi à dimanche aux dernières nouvelles) du Caire pour la dernière étape de son tour du monde vers Abu Dhabi, lieu de départ de sa circumnavigation le 9 mars 2015.


Lire notre timeline: Solar Impulse, treize ans pour un vol autour du monde à l'énergie solaire 


Mais son exploit n'est pas encore achevé que son avenir est déjà au centre de toutes les discussions: l'idée est de le faire muer en une nouvelle génération de drones stratosphériques. Or dans ce secteur technologique en plein essor, un concurrent – et pas des moindres – vient de s'afficher au grand jour: Facebook a réussi pour la première fois à faire voler l'Aquila, le prototype de son propre drone solaire géant.

Jeudi, l'engin automatique, simple aile large d'une trentaine de mètres affublée de quatre moteurs électriques comme le Si2, a survolé pendant 96 minutes la base militaire de Yuma Proving Ground, dans l'Arizona. «Nous faisons voler une version réduite à 1/5e d'Aquila depuis plusieurs mois, mais c'était la première fois que nous faisions voler l'appareil de taille réelle», a déclaré Jay Parikh, ingénieur en chef chez Facebook.

Les avions solaires sans pilotes ne sont pas nouveaux, ils existent depuis 1971. Depuis peu toutefois, les avancées technologiques ont replacé sur le devant de la scène les drones solaires, tant leurs atouts sont forts: pouvant demeurer des mois en vol sur une région (car les batteries de leurs moteurs électriques se rechargent avec l’énergie solaire transformée par les cellules photovoltaïques placées sur les ailes), ces engins pourraient remplacer certains satellites, tout en étant plus flexibles en termes d’utilisation, plus économiques et écologiques. «On touche au but de faire voler un engin six mois, assez haut [environ 20 km] pour survoler le transport aérien, et tel qu’il puisse porter une charge assez lourde pour faire de la communication par exemple», expliquait déjà en janvier 2015 au Temps André Borschberg, l'un des pilotes du Si2.


Lire aussi: Le futur de l'avion Solar Impulse: muer en drone solaire stratosphérique (5.1.2015)


Les débouchés possibles sont nombreux: celui que vise Facebook est d'exploiter de tels aéroplanes comme relais pour apporter une connexion sans fil à Internet dans les zones reculées de la planète. Equipés d'instruments et caméras divers, ils pourraient aussi permettre, outre les inévitables applications militaires, des études environnementales ou diverses activités de surveillances (pêche, déplacements de populations, pollutions, etc.).

«Vu que ces engins volent plus bas et plus lentement que les satellites, leur avantage indéniable est de pouvoir fournir des données avec des résolutions spatiales et temporelles beaucoup plus fines», détaille Simon Johnson, cofondateur de la start-up OpenStratosphere fondée en 2015 et située au Parc de l'Innovation de l'EPFL, qui souhaite se lancer dans ce domaine. Et l'ingénieur d'expliquer rentrer d'un voyage à Djibouti, où il a présenté cette technologie aux experts de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Autre acteur de ce domaine, l'entreprise Airbus Defense&Space développe aussi un «pseudo-satellite Zephyr». En 2010, cet aéronef de 23 m a établi le record de 336 heures de vol à 21562 m d'altitude. Et il intéresse désormais les gouvernements, puisque le Ministère britannique de la défense en a commandé deux exemplaires pour 14 millions d'euros, dans le cadre de la stratégie de défense britannique dévoilée en novembre 2015.

En voulant transformer Solar Impulse en drone solaire stratosphérique, André Borschberg n'arrive donc pas en terrain vierge. Mais «notre avantage, suite au tour du monde, est d'avoir acquis le savoir-faire, d'avoir testé la technologie, la méthode et la compréhension de ce mode d'aéroplane», avance-t-il. Et l'entrepreneur de relever que «l'équipe d'ingénieurs qui a construit et fait voler Si2 a une valeur, et il serait bien de la garder». Ceci si possible en développant des activités en Suisse, sur l'Arc lémanique plus précisément.

Réunion avec le Conseil fédéral

D'autres observateurs l'espèrent comme lui. A commencer par le Conseiller national radical Fathi Derder, qui a même, dans une interpellation au Conseil fédéral en 2014, incité celui-ci à tout faire pour que la Suisse, forte de l'expérience de Solar Impulse, joue les premiers rôles dans ce champ technologique. «La Suisse a désormais une longueur d'avance dans ce domaine, ce serait dommage de la perdre», résume-t-il, en regrettant que le Parlement reste peut réceptif à ce message. 

Une réunion a déjà eu lieu avec Doris Leuthard, en charge du Département fédéral des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) et le directeur de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), a appris «Le Temps». Ce que confirme Dominique Bugnon, chef de l’information du DETEC: «Les questions usuelles se sont posées, concernant par exemple les objectifs de ce projet et les attentes vis-à-vis des pouvoirs publics» dans ce qui devient désormais une aventure avant tout industrielle. «Il a été convenu que les discussions avec les responsables du projet se poursuivraient sous la conduite de l’OFAC.»

Par ailleurs, au eSpace center de l'EPFL, chargé d'implémenter les recherches spatiales locales, son directeur-adjoint Simon Dandavino expliquait récemment au «Temps» qu'«il y a beaucoup d'activités sur les drones dans la région. Nous souhaitons les structurer.»

Enfin, la start-up OpenStratosphere y existe donc déjà. Sans avoir encore ni d'aéroplane ni l'expérience acquise par l'équipe de Solar Impulse, son fondateur Simon Johnson est convaincu que ce domaine d'activité vaut son évaluation, parfois avancée, de l'ordre du milliard de francs. Il explique aussi «être en discussion étroite avec les responsables de Solar Impulse. Mais il s'agira de trouver des investisseurs avant de concrétiser quoi que ce soit.»

Prototypes de drones solaires suisses en préparation

Du côté de Solar Impulse, dont un des partenaires n'est autre que Google qui a aussi des projets de diffusion d'internet depuis le ciel, on n'attend pas. Pour l'heure, «nous allons garder toutes ces (futures) activités sous l'égide de l'entité Solar Impulse», explique André Borschberg. Selon nos informations, tout serait déjà prêt pour fonder une nouvelle société, à but industriel celle-là. «Une société suit les besoins, mais ne les précède pas», se borne à commenter l'ingénieur.

De même, les ingénieurs de Solar Impulse travailleraient depuis quelques mois déjà au développement d'un prototype de drone solaire un peu plus petit, toujours en collaboration avec les chantiers Décision SA, ceux-ci même qui ont construit le Si2. «Ce sera beaucoup plus facile pour nous de descendre en taille et de faire quelque chose de plus léger que de monter en taille pour ceux qui fabriquent déjà de petits modèles», détaillait en janvier André Borschberg sur Swissinfo. Espère-t-il une aide étatique dans son entreprise? «Pour ce qui est de la recherche ou la concrétisation de concepts technologiques, c'est bien que ce soit l'Etat qui le fasse, à travers des institutions comme l'EPFL. Mais ensuite, ce qui concerne la commercialisation doit se réaliser en mains privées. Cela dit, l'Etat peut favoriser le développement de ce genre de projet.» A ce titre, il se murmure l'idée que la Confédération puisse commander deux drones à la future société qui se bâtirait sur le succès de Solar Impulse. 

Enfin, quelques défis subsistent, tempère Simon Johnson. Ils sont d'ordre réglementaire (ces drones volant aussi sur des zones habitées, ils devront être certifiés), commercial (il s'agit d'évaluer en détails les meilleurs secteurs où ils pourraient remplacer les satellites) ou technologique: «Solar Impulse a apporté beaucoup d'informations, dit l'expert. Désormais, ce n'est plus un avion pour un vol, mais des centaines d'aéroplanes devant effectuer des centaines de missions qu'il faut produire.»

Chez Solar Impulse, André Borschberg est conscient du fait, mais indique, sur son blog: «Si2 a été conçu pour voler 2000 heures. A la fin du tour du monde, il en sera à 700. Il en restera 1300. Nous pensons donc utiliser l'avion pour apprendre comment rendre ce genre d'engin entièrement autonome, quitte à avoir un pilote à bord» pour valider ce développement.


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