C'est très bientôt reparti. Ce jeudi 21 avril, à 17h (heures suisse), l'avion Solar Impulse 2 (Si2) doit décoller de Hawaii pour tenter de rejoindre San Francisco, sur la côte ouest des Etats-Unis, a indiqué l'équipe mercredi soir, après un briefing pour évaluer la possibilité de ce vol transpacifique estimé à quelque 65 heures. Aux commandes de l'appareil cette fois: l'initiateur de l'aventure, le psychiatre vaudois Bertrand Piccard. Après que son appareil a été immobilisé 293 jours à Hawaii, il se dit très content de poursuivre le tour du monde initié en 2015, selon la porte-parole Alexandra Gindroz.

C'est le 3 juillet 2015 qu'André Borschberg, l'autre pilote, s'est posé sur l'île américaine d’Oahu, après un vol de 118 heures parti du Japon qui l'a fait entrer dans la légende de l'aéronautique, en écrivant le record du plus long périple aérien en solo et d'une traite, sans atterrissage et sans ravitaillement en vol. Une épreuve qui avait forcé l'ingénieur de Nyon à devoir passer, seul, quatre nuits au-dessus de l'océan Pacifique.

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Peu après avoir fêté ce succès, l'équipe de Solar Impulse a pourtant dû déchanter: une première montée en altitude trop brusque de la part du pilote lors de ce vol record avait fait surchauffer les batteries électriques de l'aéroplane, causant des dommages tels qu'il eut été bien trop risqué de continuer l'aventure. Les ingénieurs ont dû se contraindre à changer ces batteries, ce qui mettait un terme momentané, en 2015, au tour de monde par étapes lancé en mars de cette même année à Abu Dhabi, le temps de faire construire et acheminer à Hawaii les pièces de remplacement. «Il s'agit exactement des mêmes batteries, dans la mesure où ce ne sont pas elles qui ont posé problème, mais bien l'utilisation qui en a été faite, détaille Alexandra Gindroz. Seul un système de refroidissement a été ajouté dans les gondoles-moteur». Des coques de mousses entourent ainsi les quatre systèmes de propulsion à hélice.

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Ce report n'avait pas été sans conséquence, puisqu'il impliquait de pouvoir conserver durant une année de plus l'équipe de techniciens indispensables à faire voler l'avion. Il a ainsi fallu à Bertrand Piccard trouver 20 millions de francs supplémentaires pour pouvoir continuer à faire vivre son projet et pour achever le périple en 2016. Les sponsors de l'équipée ont finalement mis la main au porte-monnaie.

Si tout se déroule bien ce jeudi, et si la météo ne change pas brusquement, comme cela a été le cas lors de précédentes étapes, Bertrand Piccard s'envolera donc pour un périple d'environ trois jours à destination de l'aéroport de Moffett Field, d'où l'équipe était déjà partie en 2013 avec son premier avion pour la traversée du continent nord-américain. «Le vol est plus court que prévu, et l'avion devrait s'y poser vers 8h dimanche matin 24 avril (heures suisse)», indique Alexandra Gindroz.

La suite du périple n'est pas encore claire. Seule une chose l'est: comme il est interdit au pilote de dormir dans l'avion au-dessus du continent américain (comme André Borschberg a pu le faire en survolant l'océan), le Si2 progressera par sauts de puce diurnes jusqu'à l'autre côte américaine, avec pour destination New York. «Les étapes ne sont pas encore définies, tout dépendra de la météo», dit Alexandra Gindroz, qui voit toutefois bien l'aéroplane repasser, comme en 2013, par les plaines du Mid-West.

Ensuite, l'horizon est plus clair. La traversée de l'océan Atlantique se profile, avec un rêve parfois évoqué par Bertrand Piccard: partir de New York et rejoindre l'aéroport du Bourget, à Paris, en suivant exactement la même ligne que le pionnier américain Charles Lindbergh à bord de son Spirit of Saint Louis le 21 mai 1927, pour ce qui fut le premier vol transatlantique sans escale et en solitaire. Mais là, à nouveau, la météo tranchera. Puis cap vers le sud, et le Moyen-Orient, avec arrivée finale prévue à l'été à Abu Dhabi. Pour boucler la boucle.

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