L’événement a eu lieu dans la plus grande discrétion, puisque, contrairement à lundi dernier, les médias n’avaient pas été avertis dans la journée. Mais cette fois, l’avion SolarImpulse 2 (Si2) a bien décollé ce dimanche soir à 18h03 UTC (20h03 heures suisses) de Nagoya, au Japon. Destination visée: Hawaii, pour ce qui pourrait être un vol record dans l’histoire de l’aviation. Aux commandes, comme prévu, le pilote de chasse et entrepreneur vaudois André Borschberg.

Pour ce nouvel essai, la météo semble définitivement assez bonne pour avoir permis l’envol du prototype solaire Si2, lancé dans sa tentative de tour du monde entamée le 9 mars à Abu Dhabi. Le 22 juin dernier, tout paraissait également prêt, avec un couloir aérien dans lequel les conditions de vent et de nébulosité ont longtemps autorisé un décollage. Mais au dernier moment, après s’être exprimé dans les médias audio-visuels et avoir ainsi fait monter le suspens, Bertrand Piccard, l’initiateur du projet, avait dû annoncer, les larmes aux yeux, que cette fameuse «fenêtre météo» s’était soudain refermée sur le dernier des quatre jours de vol. Les prévisions, malgré leur incertitude, étaient devenues trop mauvaises. Le risque était dès lors trop grand de lancer la tentative, avec pour corolaire une perte possible de l’aéronef dans les eaux sombres du Pacifique avant qu’il ait atteint les îles volcaniques américaines.

En cas de panne grave en vol, l’aventurier, lui, devrait sauter en parachute dans l’océan, à des centaines de kilomètres de tout secours, mais avec un canot gonflable de secours et des vivres pours quelques jours. Aucun navire ne peut en effet suivre à la trace l’appareil, qui vole à une vitesse maximum de 90 km/h à basse altitude et de 140 km/h dans les couches supérieures.

Hawaii étant distant d’au moins 6500 km de Nagoya, ce sont quatre jours et quatre nuits que le pilote et son engin devront passer dans les airs. Comme il est prévu, et comme cela a pu être testé durant le vol avorté au départ de la Chine qui conduit à l’atterrissage forcé au Japon, André Borschberg se reposera par tranches d’une vingtaine de minutes, répétées une dizaine de fois par jour.

Ainsi lancé, s’il arrive à bon port à Honolulu dans quatre jours, l’équipe de du projet Solar Impulse, budgété à 150 millions de francs à ce jour et qui emploie environ 130 personnes, devrait encore être dans les temps prévus pour son tour du monde. Ceci pour autant que Bertrand Piccard, l’autre pilote de l’avion solaire, puisse repartir assez rapidement pour rejoindre le continent américain. La rapidité de la traversée de ce dernier, d’Ouest en Est, dépendra des tornades et autres joyeusetés météorologiques que le fragile aéronef rencontrera - ou non - sur son chemin.

Le but reste de pouvoir tenter le saut sur l’océan Atlantique avant début août, après quoi la durée des jours sera trop courte pour permettre aux batteries des moteurs électriques de se recharger suffisamment sous les rayons du soleil pour ensuite passer les nuits. Passée cette date, c’est seulement l’année prochaine que la circumnavigation pourrait être achevée. Une possibilité que Bertrand Piccard, répondant aux questions du Temps , avait d’abord refusé d’envisager. «On n’en est pas là, calmait l’aventurier. Le but est de faire le tour du monde, ce n’est pas une course de vitesse. Il vaut mieux le faire en deux ans que pas du tout. Certes, il vaut aussi mieux le faire en un an qu’en deux.» Avant d’admettre, en début de semaine, qu le temps passait inexorablement sur le sol japonais. «S’il faut attendre un an au Japon, il faudra trouver un hangar fixe» pour abriter l’appareil, affirmait-il. Mais «attendre aux Etats-Unis ne serait pas trop grave, il y a un hangar à New York».

Désormais, la question ne se pose plus. Et toute l’attention de l’équipe, surtout au Centre de contrôle de Monaco, est maintenant portée sur le vol d’André Borschberg, qui pourra être suivi en direct sur internet, à partir de la huitième heure de vol, soit environ dès 4h demain matin, a indiqué Claudia Durgnat, de l’équipe de communication du projet.