Ce matin, la sonde européenne Rosetta devait s'envoler de Kourou, en Guyane, pour un long et tortueux périple de dix ans, avec une extraordinaire mission: se mettre en orbite en 2014 autour d'une comète au-delà de Jupiter, la comète Churyumov-Gerasimenko, et y poser un atterrisseur, Philae, qui s'y accrochera aussitôt avec un harpon. La pesanteur y est si faible qu'elle ne suffirait pas à retenir l'engin qui risque de rebondir.

L'objectif des scientifiques européens, qui avaient déjà réussi à traverser la chevelure de la comète de Halley en 1986, est de vérifier si les comètes ont pu jouer un rôle dans l'apparition de la vie sur Terre et dans la formation des océans et de l'atmosphère. Ces petits corps célestes qui existent par milliards au-delà du système solaire, et dont les trajectoires sont parfois déviées vers nos «contrées», contiennent en effet des molécules organiques complexes, riches en carbone, hydrogène, oxygène et azote. Or ces éléments constituent les acides nucléiques et les acides aminés qui forment les ingrédients essentiels de la vie telle que nous la connaissons. La composition des comètes est en outre le précieux témoin de nos origines, puisqu'elle n'a pas évolué depuis 4,6 milliards d'années, à l'époque de la gestation du système solaire.

La part de la Suisse à cette fabuleuse aventure scientifique est capitale, puisque l'Université de Berne, sous la direction du professeur Hans Balsiger (l'homme dont le capteur de vents solaires avait été déposé en priorité sur la Lune par l'équipage d'Apollo 11), a mis au point le spectromètre Rosina, un des instruments majeurs de Rosetta, qui analysera la composition chimique de l'atmosphère de la comète. Dix-huit entreprises suisses, notamment APCO Technologies à Vevey, ont participé à la construction de Rosina. Par ailleurs, Space-X, à Neuchâtel, a construit les microcaméras qui équipent Philae: ce sont les mêmes que celles qui étaient à bord du malheureux Beagle 2, perdu sur Mars, et qui photographieront la Lune depuis la sonde Smart-1.

Si Rosetta va chercher Churyumov-Gerasimenko si loin, à plus de 5 milliards de kilomètres, c'est pour se poser sur son noyau avant qu'une partie de celui-ci, sous l'influence du Soleil, ne se volatilise pour former sa chevelure et sa queue caractéristique, et étudier cette évolution. La durée du voyage s'explique aussi par les détours nécessaires à l'accélération de la sonde: sa trajectoire frôlera trois fois la Terre (en 2005, 2007 et 2008) et une fois Mars pour profiter de «l'effet de fronde» provoqué par l'attraction de ces planètes.