En juillet 2014, la déclaration avait fait sourire les grandes nations engagées dans le spatial. Le président des Emirats arabes unis annonçait en grande pompe le développement d’une mission à destination de Mars qui arriverait en 2021 pour fêter les 50 ans du pays. Une sonde capable d’étudier la météorologie martienne avec des instruments sophistiqués, de la part d’une nation qui n’avait même pas d’agence spatiale.

Moins de sept ans après, l’objectif semble atteint. La sonde Al-Amal (ce qui signifie «espoir», d’où son surnom de Mars Hope) se placera dès le 9 février dans l’orbite de la planète rouge. Il s’agit de la première sonde interplanétaire construite par un pays arabe.

Avec sa caméra haute résolution et ses deux spectromètres, un infrarouge et un ultraviolet, elle va passer les deux ou quatre prochaines années à scruter l’atmosphère martienne dans l’espoir de découvrir comment le climat local a évolué ces derniers millions d’années. Les Emiratis seront peut-être le peuple qui apportera la preuve véritable que par le passé Mars a bien eu un climat similaire à celui de la Terre aujourd’hui, ce qui est envisagé dans de nombreuses études scientifiques.

Collaboration avec les Américains

Un programme ambitieux, étant donné l’expérience limitée des Emiratis dans le domaine spatial. Jusqu’alors, ils avaient à peine lancé trois satellites depuis 2009, tous construits avec des partenaires sud-coréens. Or des nations bien plus expérimentées se sont cassé les dents en voulant atteindre Mars. «Les Emirats ont deux avantages, précise Florence Sborowsky, spécialiste des nations spatiales émergentes à la Fondation pour la recherche stratégique, beaucoup d’argent et une position qui leur permet de monter des partenariats internationaux.»

La collaboration avec des ingénieurs de la NASA est étroite, avec des équipes mixtes américaines et émiraties qui ont travaillé ensemble sur la construction de la sonde. Les Universités du Colorado et de l’Arizona ont également participé, sans compter la mise en orbite elle-même, assurée par une fusée japonaise. Un système donnant-donnant, puisque le gouvernement s’est ensuite engagé à transmettre les données scientifiques de leur sonde à tous les pays immédiatement. Une manœuvre rarissime dans le spatial où les instruments sont chers et où chacun veut garder ses découvertes pour soi.

Il faut faire rêver et le spatial est parfait pour remplir cette mission

Florence Sborowsky, de la Fondation pour la recherche stratégique

Malgré tout, pas question de tout acheter à l’étranger, le gouvernement émirati a surtout monté sa propre équipe. Moyenne d’âge de 27 ans, 34% de femmes (80% pour la partie scientifique), la plupart d’entre eux étant de jeunes diplômés tout juste sortis des cursus spécialisés nouvellement créés dans plusieurs universités du pays. A leur tête, une jeune ingénieure informatique née en 1987, Sarah al-Amiri, responsable scientifique, un poste clé rarement occupé par des femmes.

«Cette implication de la jeunesse est essentielle, assure Florence Sborowsky, les Emirats ont besoin de ressources humaines pour diversifier leur économie.» Cette dernière est en effet très dépendante du pétrole, avec une main-d’œuvre étrangère abondante. Résultat: la jeunesse locale se trouve coincée entre un secteur privé inexistant et des emplois publics bien payés mais sans envergure. Les jeunes Emiratis ont tendance à arrêter leurs études très tôt. Les doctorants représentent 0,8% du secteur tertiaire, soit deux fois moins que la moyenne des pays arabes.

Nouveaux débouchés hors du pétrole

«Il faut faire rêver et le spatial est parfait pour remplir cette mission», résume Florence Sborowsky. Faire rêver, mais aussi montrer au monde que les Emirats sont une nation à haut niveau technologique, et créer de nouveaux débouchés pour se détacher du pétrole: autant d’enjeux qui se matérialisent dans cette mission martienne.

Si la sonde a bien atteint son objectif, pour les Emirats arabes unis, ce n’est que le début du voyage. Ils espèrent que ce projet servira à motiver toute une génération à étudier davantage et à se lancer dans la conquête spatiale et dans les autres futurs projets scientifiques et techniques.

S’ils ne peuvent pas rester indéfiniment la pompe à gasoil du monde, ils comptent bien se faire une place parmi les nations qui participeront aux futures découvertes majeures de l’histoire de l’humanité. «Cela montre que nous pouvons réaliser l’impossible, a déclaré Sarah al-Amiri à l’AFP. La collaboration peut aboutir à des résultats brillants qui bénéficient à tous.»

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