Après des mois d’efforts infructueux pour libérer le robot Spirit, enlisé dans le sable sur Mars, la Nasa a jeté l’éponge mardi, sans pour autant se résigner à la mort de son infatigable explorateur dont la reconversion sur la planète rouge serait déjà assurée.

»Spirit n’est pas mort, il est seulement entré dans une nouvelle phase de sa longue vie», a assuré Doug McCuiston, directeur du programme d’exploration de Mars à la Nasa, précisant que le robot sera désormais une plate-forme fixe de recherche scientifique.

»Nous avions annoncé au monde l’an dernier que nos tentatives pour sortir de l’ornière le robot bien-aimé pourraient être infructueuses et il semblerait que Spirit va rester à jamais dans l’endroit où il se trouve actuellement», a-t-il ajouté.

Les tentatives successives pour le dégager ont échoué. La dernière, fin novembre, l’a non seulement enfoncé davantage dans son ornière de sable mais a aussi endommagé sa roue arrière droite. Une panne affectait déjà sa roue avant droite depuis 2006.

L’increvable robot de 180 kilos doté de six roues est coincé dans le sable depuis avril 2009, à l’extrémité du cratère de Troie, à l’ouest du plateau de Home Plate, dans l’hémisphère sud de la planète rouge.

Il était arrivé sur Mars le 4 janvier 2004, suivi trois semaines après par son jumeau, Opportunity, qui s’est posé aux antipodes et continue à avancer vers le cratère Endeavor.

Spirit et Opportunity, dotés de neuf caméras, d’un bras robotisé, de panneaux solaires et de deux batteries rechargeables, étaient initialement prévus pour durer 90 jours et parcourir 600 mètres.

Mais ils ont en fin de compte pu faire chacun plusieurs kilomètres, Opportunity ayant couvert la plus longue distance (19 km), retransmettant des dizaines de milliers d’images.

Les ingénieurs de la Nasa vont s’efforcer désormais de modifier l’inclinaison de Spirit pour que ses panneaux solaires puissent capter un maximum de rayons du soleil à l’approche de l’hiver, qui commencera en mai.

Dans sa position actuelle (incliné vers le sud), Spirit n’aura pas suffisamment de puissance électrique pour continuer à communiquer avec la Terre pendant la longue saison hivernale martienne, selon Ashley Stroupe, qui pilote les robot martiens depuis le Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à Pasadena (Californie).

Les températures peuvent plonger à moins 100 degrés Celsius pendant l’hiver, qui dure six mois sur Mars, la planète faisant une rotation autour du soleil en deux ans. En été, le thermomètre monte au maximum à 20 degrés.

»Survivre à l’hiver dépendra en fin de compte des basses températures auxquelles les équipements électroniques pourront résister», explique John Callas, le responsable du projet des robots martiens.

»La moindre quantité d’électricité produite par les panneaux solaires de Spirit servira à maintenir à tout prix suffisamment au chaud les éléments électroniques essentiels», insiste-t-il.

Immobilisé, Spirit a déjà commencé à mesurer les faibles variations dans la rotation de Mars, une observation requérant d’être immobilisé durant de très longues périodes puisque ces calculs sont faits à partir d’un point fixe sur la planète.

Ces calculs pourraient peut-être permettre de déterminer si le noyau de Mars est liquide ou solide, ce qui serait une découverte majeure.

Avec les instruments de son bras robotique, Spirit peut aussi étudier les variations dans la composition du sol sur lequel il se trouve, qui a apparemment été au contact de l’eau. A force de patiner, les roues de Spirit ont creusé une tranchée et révéler en novembre des traces de sulfate, qui se forme par évaporation de l’eau.