« Le Journal de Genève a, sauf erreur, relaté, au printemps dernier, l’inauguration de [la station scientifique du Jungfraujoch]. Une œuvre de cette importance mérite d’être connue sinon dans tous ses détails, au moins dans ses grandes lignes, afin d’en montrer la valeur scientifique. […]

Dans le domaine de la physique pure, de l’astronomie et de la météorologie, nombreuses sont les observations à accumuler pour en déduire des lois plus précises; on sait quelle importance revêtent actuellement les problèmes de la météorologie. Les ascensions du professeur Piccard, si elles peuvent se répéter, nous apporteront des données de grande valeur. Il est néanmoins certain que sur notre territoire à cette altitude de 3474 mètres, des recherches favoriseront le développement de la prédiction du temps utile à l’agriculture comme aux alpinistes, voire même à l’hôtellerie. De même il y a un vaste champ à explorer, grâce à la pureté de l’air, dans le domaine du rayonnement solaire et de l’état électrique de l’atmosphère. […]

L’astronomie […], sans vouloir rivaliser avec les installations magnifiques, mais combien coûteuses des observatoires des Etats-Unis, trouve un grand champ d’activité au Jungfraujoch. […]

L’idée première de cette institution revient à feu le prof. de Quervain qui y intéressa la Société helvétique des sciences naturelles. Peu à peu, reconnaissant l’importance de l’œuvre, le génial créateur du chemin de fer de la Jungfrau, [Adolf] Guyer-Zeller, facilita par des dons les constructions nécessaires. Tour à tour, le Conseil fédéral qui donne une subvention annuelle, le Club alpin suisse, la Fondation Rockefeller, la Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft pour l’avancement des sciences, la Société royale de Londres, l’Académie des sciences de Vienne, le Fonds national belge pour les recherches scientifiques, la Sorbonne ont apporté leur appui financier et l’autorité de leurs représentants. […]

L’accès est bien facilité par le chemin de fer de la Jungfrau; les alpinistes feront la belle promenade glaciaire de l’Eggishorn au col. Il est curieux en arrivant de se trouver à l’entrée d’un vaste tunnel qui vous conduit à la station avec ses laboratoires, ses chambres confortables et de là à l’hôtel de Berghaus, très accueillant. De l’extrémité du tunnel on parvient au col lui-même d’où la vue est magnifique.

Il s’agit maintenant que la station soit à même de poursuivre sa tâche: certains travaux ne sont pas encore terminés et les devis de construction ont été largement dépassés.

C’est un honneur pour notre pays que cette institution; à ceux qui veulent aider à son développement de faire le nécessaire. L’homme n’a pas que des besoins matériels et même dans ce domaine j’ai cherché à montrer que des résultats importants sont déjà acquis et le seront dans l’avenir. »