Des multitudes d’univers qui se superposent, se côtoient ou s’englobent. Et des théories, les décrivant, qui font mal à la tête. Dans le cadre du 450e anniversaire de l’Université de Genève, le célèbre astrophysicien anglais Stephen Hawking vient ce soir tenter d’éclaircir tout cela pour le grand public, raconter l’histoire de notre monde, et de ces mondes parallèles. Rencontre en préambule, hier, dans un hôtel genevois.

Comment les cosmologistes en sont-ils arrivés à une représentation de l’univers si difficile à assimiler? Stephen Hawking explique que l’idée d’univers multiples découle de la théorie des cordes. Celle-ci décrit le monde comme étant constitué de cordelettes de dimensions infimes (de l’ordre de 10-35 mètre) qui, selon le mode sur lequel elles vibrent, peuvent être identifiées à diverses particules élémentaires déjà connues (électrons, quarks, photons, etc.), ou encore inconnues. «Cette théorie, dit le scientifique, est notre meilleur candidat pour une théorie du Tout.» C’est-à-dire un modèle explicatif qui réunisse au sein d’un seul formalisme les quatre forces fondamentales qui régissent la nature: la force électromagnétique, l’interaction forte et l’interaction faible, et la gravité.»

«La théorie des cordes indique que beaucoup d’univers différents sont possibles, reprend-il. C’est ce qu’on appelle un multivers.» Cela suffirait selon lui à justifier l’incroyable hasard qui fait qu’un coin d’espace est assez hospitalier pour nous accueillir. «La plupart des univers ne contiennent vraisemblablement aucune forme de vie. Mais dans ceux où il y en a, les gens se demandent pourquoi l’univers dans lequel ils vivent est aussi précisément ajusté pour permettre son émergence. La réponse? Si ce n’était pas le cas, ils ne seraient pas là!»

Au fait, est-il possible de percevoir ces divers univers? Souffrant de sclérose latérale amyotrophique, une dystrophie neuromusculaire qui l’a dépourvu de la quasi-totalité de ses capacités motrices, le scientifique doit, pour parler, écrire sur un ordinateur par le biais de petits mouvements du corps. Chaque réponse prend beaucoup de temps. Mais ceci est aussi, paraît-il, dû au fait que Stephen Hawking s’applique à décortiquer chaque question pour donner une explication aussi claire que possible, dans un domaine pour le moins compliqué. Les minutes passent, cinquante au total. Le silence est entrecoupé par les seuls «bip» émis par sa machine.

La réponse prête, un synthétiseur vocal prononce les phrases pour lui. «Oui, il est possible d’observer l’existence d’univers parallèles. On installe un mur avec deux fentes. Puis on projette une particule contre ce mur. Dans certains univers, la particule passera dans la fente de gauche, dans d’autres, celle de droite. Derrière le mur, les univers parallèles s’additionneront et produiront une projection caractéristique sur l’écran», répond-il. Avant de demander, voyant l’air mi-interloqué mi-fasciné de son interlocutrice, s’il doit répéter.

Conférence, ce soir à 18h30, Uni Dufour, Genève. Entrée libre, dès 17h30. Retransmission vidéo à Uni Bastions, Uni Mail, Auditorium Arditi et Centre médical universitaire.