Depuis l’arrivée des triptans sur le marché, dans les années 1990, aucun nouveau traitement n’était venu soulager les personnes souffrant de migraines chroniques, qui représentent entre 10 et 15% de la population en Suisse. Jusqu’à l’arrivée de l’Erenumab, autorisé à l’été 2018 et administré actuellement à quelque 1600 personnes dans notre pays, selon des chiffres inédits communiqués au Temps par la faîtière des assureurs maladie Curafutura et les entreprises SASIS et COGE.

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L’Erenumab, vendu en Suisse sous le nom d’Aimovig, a été développé par Novartis en partenariat avec la firme américaine Amgen. Il se présente sous la forme d’un petit stylo dont on s’auto-injecte le contenu une fois par mois dans l’abdomen ou la cuisse. Son principe est prophylactique: il diminue et prévient la venue des crises de migraine grâce à un anticorps de synthèse qui bloque l’action d’une protéine, le «peptide associé au gène calcitonine» (CGRP selon l’acronyme anglais), présent en plus grande quantité chez les migraineux. 

12 499 boîtes ont été remboursées en Suisse en un an

L’origine de la maladie, liée à la dilatation des vaisseaux sanguins au niveau des méninges, reste méconnue. Celle-ci induit des céphalées très douloureuses, parfois des nausées, des vomissements, des auras visuelles ainsi qu’une intolérance à la lumière. Pour environ 200 000 personnes en Suisse, selon l’étude Eurolight, ce cauchemar se produit plus de quinze jours par mois, réduisant leur énergie et leurs envies à néant, pesant sur leur travail, leurs loisirs et leur vie sociale.

Deux fois moins de migraines

Chez ces patients, les essais cliniques de l’Erenumab étaient déjà très encourageants: le médicament avait fortement diminué la fréquence des crises dès le premier mois, avec cinq à six jours de migraine en moins au bout de huit semaines. Un petit miracle, qui se confirme maintenant que le traitement est sur le marché. «Pour nous, c’est un véritable tournant, explique Colette Andrée, présidente de l’association suisse Migraine Action. Cela change la vie des gens.»

«C’est la première fois qu’un traitement est spécialement conçu pour la migraine. Cette maladie est enfin reconnue et prise au sérieux»

Colette Andrée, présidente de Migraine Action

Pour elle, «c’est la première fois qu’un traitement est spécifiquement conçu pour la migraine», les autres médicaments ayant initialement été développés dans d’autres buts et leurs effets antimigraineux découverts de manière fortuite. Des pis-aller s’accompagnant d’effets secondaires tels que la somnolence pour les antiépileptiques. Quant aux triptans, ils sont déconseillés aux personnes cardiaques ou aux plus de 65 ans.

616 francs par injection

L’efficacité de l’Erenumab a un coût: 616 francs par injection. En Suisse, comme en Allemagne, en Espagne ou en Autriche – mais pas encore en France – ce montant est remboursé par l’assurance de base. Mais pour pouvoir en bénéficier, les patients doivent répondre à de nombreux critères: souffrir de céphalées au minimum huit jours par mois, et ne pas être réactifs non plus aux traitements de fond, soit une prise quotidienne de bêtabloquants ou d’antiépileptiques. C’est un neurologue, exclusivement, qui peut prescrire l’Erenumab.

Depuis plus d’un an maintenant qu’il est disponible, l’Erenumab est déjà entré dans les mœurs. Selon les chiffres fournis par Curafutura, 12 499 boîtes ont été remboursées en Suisse entre novembre 2018 et octobre 2019, pour un chiffre d’affaires total de plus de 7 millions de francs. Ce montant est supérieur à celui des remboursements liés au Relpax, le plus consommé des triptans. Et représente 18% du marché national des antimigraineux, pour lesquels l’assurance de base a déboursé 38 millions de francs sur cette période.

Ce succès inspire déjà la concurrence: un équivalent de l’Erenumab à injecter en intraveineuse, fabriqué par le laboratoire Alder Biopharmaceuticals, devrait être mis sur le marché d’ici à la fin de l’année. Malgré une inconnue: on ignore encore les effets à long terme de ces inhibiteurs des CGRP.