Wolfgang Stranzinger est le directeur de Lomo AG.

Le Temps: Combien d'appareils avez-vous vendu depuis 1992?

Wolfgang Stranzinger: Nous comptabilisons nos ventes depuis 3 ans seulement, depuis la fondation de Lomographische Gesellschaft International. Nous avons vendu 200 000 Lomo sur cette période.

– Pourquoi avoir créé une entreprise?

– Gérer ce phénomène était devenu trop gros pour trois étudiants seuls. Tout notre temps était consacré aux voyages et à l'importation des appareils par des postes de douane perméables que nous avions repérés. On s'est dit qu'il n'y avait que deux solutions: soit on arrêtait, soit on en faisait un business dans les règles. Il nous a fallu convaincre les banquiers, ce qui n'était pas facile: la technologie russe n'a pas bonne presse! Après quelques difficultés financières en 1997, nous avons ouvert le site http://www.lomo.com l'année suivante, ce qui nous a permis d'augmenter nos ventes. Alors que 10% des Lomo sont vendus dans des magasins branchés comme Colette à Paris, ou APC à Tokyo, 90% des ventes se fait sur Internet, ce qui est considérable.

– Considérable est le mot puisque vous êtes depuis propriétaire de l'immeuble qui abrite vos bureaux, non?

– Heu… (il hésite) oui. J'ai acheté cet immeuble avec deux amis. Nous le louons à la société.

– Quelles sont selon vous les raisons du succès de la lomographie?

– Ce succès est venu parce qu'on ne l'a jamais voulu. Ce que les gens ont aimé, c'est cette absence de marketing. La lomographie est avant tout une manière amusante de regarder le monde. Le Lomo change notre manière de le photographier. Nous disons: «Oubliez les règles!». Nous avons décomplexé les personnes pour qui la photo est nécessairement quelque chose de compliqué et de pas drôle du tout. Et puis il y a aussi les ambassades de la Lomographic Society qui jouent un rôle primordial. Elles organisent les expositions, montent les Lomowalls, et tout lomographe peut participer à ces événements. C'est un réseau de passionnés qui fait vivre la lomographie.

– A ce propos, de nombreux ambassadeurs ont émis des critiques sur votre système. Certains ont dû payer de leur poche le montage d'expositions, les marges sur les ventes étaient jugées insuffisantes. Dans l'ensemble, c'est un fort sentiment d'injustice qui prédominait. L'impression de faire tout le travail mais de ne rien en retirer. Qu'en est-il aujourd'hui?

– C'est effectivement arrivé. Mais depuis que nous sommes une «Net Company», nous avons changé la structure des ambassades. Avant, les ambassadeurs étaient comme franchisés. Ils percevaient un pourcentage sur les ventes qui variait selon les pays. Par ordre décroissant il y avait le Japon, les USA, l'Europe et le reste du monde. Aujourd'hui, nous avons des employés. En tout cas pour ce qui concerne New York et Tokyo où les membres des ambassades sont salariés. D'autres villes devraient suivre si le niveau des ventes se maintient. Mais il faut bien séparer les événements dont nous sommes maîtres d'œuvre et les initiatives des ambassades franchisées.

– Sans Internet, le Lomo aurait-il survécu?

– Non, la production était arrêtée. Le volume des commandes sur nos sites n'a convaincu qu'à moitié Arkady Kobistky, le directeur général de LOMO. Pour l'autre moitié, il a fallu l'intervention de personnalités russes et autrichiennes.