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Aerial image shows the Forest fires burning near Ljusdal, Sweden on July 18, 2018. / AFP PHOTO / TT News Agency / Maja SUSLIN / Sweden OUT
© MAJA SUSLIN

Climat

La Suède face aux canicules

Le royaume fait face à la pire vague de chaleur jamais enregistrée. Et s’adapte avec difficulté au changement climatique

Depuis plusieurs jours, les mêmes images tournent en boucle sur les chaînes de télévision suédoises. D’immenses panaches de fumée s’élèvent au-dessus des forêts de pins et de bouleaux, des centaines de personnes forcées de quitter leur maison, les rotations incessantes de canadairs et d’hélicoptères venus de toute l’Europe…

Soixante-et-un foyers d’incendie étaient répertoriés vendredi soir, du sud du pays jusqu’en Laponie, et 7800 hectares seraient déjà partis en fumée, contre moins de 500 habituellement à cette époque de l’année. Les pompiers estiment que certains d'entre eux ont pris une telle ampleur qu'ils seront impossibles à éteindre. De 300 à 500 personnes avaient du être évacuées, toujours d'après les services des pompiers.

Ces incendies, les plus importants de l’histoire suédoise, ne sont pas les seules conséquences de la sécheresse qui frappe le pays. Le bétail n’a plus de fourrage et des éleveurs en sont réduits à abattre les troupeaux qu’ils ne peuvent plus nourrir. Les barrages hydroélectriques se vident, entraînant déjà une hausse du coût de l’électricité. Seuls les citadins, qui en Suède ne vivent jamais à plus de quelques kilomètres d’un plan d’eau, semblent profiter de la canicule. A Stockholm, bâtie entre le lac Mälaren et la mer Baltique, les plages ne désemplissent pas.

Avant 2011, les alertes de niveau II n’existaient même pas en Suède

Dix degrés au-dessus des valeurs normales

Une situation exceptionnelle provoquée par une météo qui l’est tout autant. Cette semaine, le pic des températures à Stockholm a oscillé entre 30°C et 32°C. Dimanche dernier, il était même de 33,5°C. Le plus remarquable, cependant, est que des températures similaires ont aussi été enregistrées dans certaines localités au-delà du 66e parallèle, près du cercle polaire. «Nous avons un anticyclone sur la Scandinavie qui nous amène ces très hautes températures, explique Malva Lindborg, de l’Institut suédois de météorologie et d’hydrologie (SMHI). On dépasse les 30°C dans tout le pays, même en Laponie… C’est dix degrés au-dessus des valeurs normales. Cela arrive parfois en Suède, mais rarement sur une période aussi longue.»

La probabilité de connaître une telle chaleur dès le mois de mai est de trois… sur un million!

Gustav Strandberg, climatologue

Car si juillet est chaud, le mois de mai était déjà exceptionnel, avec une moyenne des températures à Stockholm dépassant 16°C – les valeurs normales sont en cette saison de 10,5°C – et des records historiques battus. Pour le climatologue Gustav Strandberg, qui a compilé les plus anciens relevés de température du Royaume depuis 1756, «la probabilité de connaître une telle chaleur dès le mois de mai est de trois… sur un million!» «Nous avons eu une pause en juin, mais la chaleur était de retour en juillet, avec des précipitations très faibles, alors que l’hiver et le printemps étaient déjà secs, ajoute Malva Lindborg. Nous faisons face à une véritable sécheresse.»

La barre des 30°C ayant été dépassée pendant cinq jours d’affilée, le SMHI a émis depuis dimanche une alerte de niveau II à Stockholm et dans les régions centrales du pays. Avant 2011, cette alerte n’existait même pas. Dans certaines communes, il est donc interdit d’arroser sa pelouse ou de remplir sa piscine. Dans les forêts, où les risques d’incendie sont maximaux, les barbecues sont prohibés. A la télévision et à la radio, des consignes de prudence que l’on pensait réservées à l’Espagne ou au sud de la France sont répétées: les personnes âgées doivent rester à l’ombre, les enfants doivent s’hydrater.

Nécessité de s’adapter

La Suède n’est certes pas le seul pays touché par cette vague de chaleur qui depuis juillet enflamme tout l’hémisphère nord. Des records de températures ont été battus en Amérique du Nord, en Grande-Bretagne et au Moyen Orient, avec des conséquences dramatiques comme des dizaines de morts au Canada et des incendies incontrôlables en Sibérie. Mais en Suède, comme dans le reste de la Scandinavie, ce changement climatique implique aussi un changement radical de culture, et de comportement.

En déplacement auprès des pompiers, le premier ministre Stefan Löfven a lui-même avoué que «le pays est vulnérable» et qu’il fallait «être mieux préparé aux phénomènes extrêmes». Les agriculteurs, qui selon leur syndicat vivent «la pire crise depuis plus de cinquante ans», vont aussi devoir changer leur façon de travailler. «Les Suédois pensent que l’eau est omniprésente, qu’elle est un dû, et ils sont mal préparés pour ces sécheresses de plus en plus fréquentes, souligne Anna Jonsson, hydrologue au SMHI. Pour cultiver du fourrage ou des céréales, une activité courante en Suède, il est très coûteux de mettre en place une agriculture irriguée. Mais il va maintenant falloir construire des retenues d’eau, comme dans les pays au climat plus sec.»

L’urgence, en Suède, est donc aujourd’hui de contenir les incendies, mais aussi de venir en aide aux agriculteurs. Des municipalités ont lancé des appels aux particuliers pour qu’ils ouvrent leurs jardins aux troupeaux. Des golfs ont même mis à disposition des monceaux d’herbe coupée, qui d’habitude partent dans les usines de biogaz. Le gouvernement suédois a demandé une aide d’urgence à l’Union européenne, mais il a aussi décidé d’agir sur le long terme. «Nous ne pouvons plus importer la moitié de la nourriture que nous consommons, il nous faut un réseau de fermes qui travaille pour le pays», a expliqué la ministre écologiste Isabella Lövin. L’ambition des autorités, notamment en adaptant les cultures au réchauffement climatique, est de faire passer dans les années à venir cette autosuffisance alimentaire de 50%… à 80%.

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