Gérer le fardeau des maladies chroniques

Santé Les Suisses sont nombreux à souffrir de pathologies qui s’installent sur le long terme, comme le diabète, la dépression ou encore les douleurs dorsales

Un nouveau rapport de l’Observatoire suisse de la santé dévoile des pistes pour améliorer leur prise en charge

Diabète, rhumatismes, maladies cardio-vasculaires, dépression… En Suisse, près de 2,2 millions de personnes souffrent de maladies chroniques d’origine non infectieuse. Au-delà de 50 ans, un Suisse sur cinq est même atteint de plusieurs de ces pathologies en même temps: on parle alors de multimorbidité. Ces chiffres, révélés dans le Rapport national sur la santé 2015 de l’Observatoire suisse de la santé, donnent une idée du défi posé par ces pathologies en pleine progression dans la population helvétique. Des adaptations s’imposent à la fois dans l’organisation des soins et dans la prévention, préviennent les experts de la santé publique.

L’espérance de vie en Suisse est une des plus élevées au monde. L’objectif des politiques de santé publique ne devrait donc plus être d’abaisser la mortalité, mais plutôt d’augmenter le nombre d’années vécues en bonne santé, d’après les experts qui publient aujourd’hui un nouveau rapport sur la santé des Suisses. De nombreuses personnes font l’expérience d’une fin de vie entachée par la maladie. Et il s’agit bien souvent d’une – ou plusieurs – maladie chronique. Ce type de pathologie serait responsable de 88% des pertes d’années de vie en bonne santé en Suisse, d’après le rapport.

Les principaux maux concernés (du fait de leur prévalence) sont le cancer, le diabète, les maladies cardio-vasculaires et respiratoires, la dépression, la démence et les pathologies de l’appareil locomoteur, douleurs dorsales et arthrose notamment. Des pathologies qui touchent surtout les classes les plus âgées de la population, mais pas seulement: certains troubles psychiques, notamment, ont tendance à apparaître précocement. «La progression des maladies chroniques en Suisse s’explique par le vieillissement de la population et par l’évolution des modes de vie», explique Monika Diebold, la directrice de l’Observatoire suisse de la santé. De plus en plus de personnes résident en ville et ont des métiers sédentaires. La disponibilité et la qualité des aliments ont aussi changé. La proportion de personnes en surpoids ou obèses dans la population totale est passée de 30% en 1992 à plus de 40% en 2012. Autant de facteurs qui ont un impact sur la santé.

Malheureusement, le système de santé helvétique est mal armé face aux maladies chroniques. «Il a typiquement été conçu pour soigner les maladies aiguës, pas celles qui s’installent sur le long terme», estime Monika Diebold. Une des conséquences serait un manque de coordination entre les professions médicales, les différents spécialistes s’attachant chacun à un aspect d’une pathologie sans forcément communiquer avec les autres. «Or les soins aux malades chroniques doivent être intégrés, surtout en cas de multimorbidité. Si, par exemple, une personne souffre de diabète, de rhumatismes et de dépression, il est important que les spécialistes qui la soignent aient des échanges, ou les interventions risquent d’être redondantes voire contre-productives», mentionne Monika Diebold. D’après le rapport, les patients chroniques sont nombreux à penser que les médecins leur accordent trop peu de temps et prennent insuffisamment en compte leur situation personnelle.

Un autre aspect problématique lié aux maladies chroniques est celui des coûts. Leurs coûts directs ont totalisé 51 milliards de francs en 2011, révèle le rapport. Soit environ 80% des dépenses de santé en Suisse! Les coûts indirects liés aux interruptions de travail, départs à la retraite anticipés et soins informels s’élèveraient, selon les estimations, à 30 à 40 milliards de francs par an.

Face à ce constat, quelles solutions? L’Observatoire suisse de la santé promeut de nouveaux modèles de prise en charge inspirés du Chronic Care Model (CCM), reconnu par l’Organisation mondiale de la santé pour les soins médicaux aux malades chroniques. «Il ne s’agit pas d’une recette précise mais plutôt d’éléments clés à mettre en œuvre, comme le fait d’accorder une grande autonomie aux patients, d’impliquer une équipe pluridisciplinaire et de partager les informations entre les différents acteurs», indique Nicolas Senn, responsable du groupe de recherche de médecine de premier recours de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne.

Dans une étude à paraître, le médecin et son équipe ont recensé les structures correspondant à ces caractéristiques en Suisse. Ils en ont identifié seulement 44! Même si le nombre de ces programmes a fortement augmenté depuis 2007, l’offre existante est encore loin de couvrir l’ensemble des besoins du pays, d’après le rapport. «Il existe tout de même des programmes intéressants, notamment pour les personnes souffrant de multimorbidité. Des projets menés à l’initiative de compagnies d’assurances proposent aux patients l’appui d’une personne de référence capable de les aiguiller vers les différents spécialistes et de gérer un plan de soins, ce qui est précieux», relève Nicolas Senn.

Le rapport insiste aussi sur l’importance de revoir la prévention. De nombreuses pathologies chroniques sont liées à des facteurs de risques tels l’obésité, le tabagisme, l’alcoolisme ou encore le manque d’exercice physique. «En plus des campagnes de prévention traditionnelles, basées sur des messages de santé à destination du public, il serait important de renforcer la prévention structurelle. C’est-à-dire d’adapter l’environnement dans lequel la population évolue afin qu’elle soit à même de mettre en œuvre ces messages», souligne Monika Diebold.

Un des aspects de cette prévention structurelle concerne la mobilité douce. Se déplacer régulièrement à pied ou à vélo est bénéfique pour la prévention des maladies cardio-vasculaires et du diabète, notamment. Les études montrent cependant que les personnes adoptent plus volontiers ces modes de déplacement si elles peuvent le faire de manière sûre et confortable. Or les villes suisses sont encore insuffisamment aménagées en ce sens; elles devraient mieux prendre en compte la mobilité douce dans leur planification, estime le rapport. «La prévention des maladies chroniques ne concerne pas seulement le domaine médical, elle devrait être prise en compte dans tous les aspects de la société», considère Monika Diebold.

Les patients estiment que les médecins prennent trop peu en compte leur situation personnelle