D’après l’OFSP, la Suisse a enregistré, mercredi 14 octobre, 2823 cas de coronavirus supplémentaires par rapport à la veille. C'est le plus important nombre de nouvelles contaminations en 24 heures jamais comptabilisé en Suisse. L’augmentation est spectaculaire: depuis une semaine, on enregistrait en moyenne 1000 à 1500 nouveaux cas par jour, et autour de 500 cas par jour la semaine précédente. Après être resté relativement stable au cours des dernières semaines, le nombre d’hospitalisations, et tristement de décès, augmente aujourd’hui également. Le point sur la situation pandémique, en quatre questions.

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1. Sommes-nous vraiment dans la deuxième vague?

«Il n’existe pas de définition formelle de ce qu’est une vague dans une épidémie. Cependant, il y a actuellement une augmentation très forte du nombre de cas. Les hospitalisations progressent également, avec un délai. Dans ce sens, on peut parler de deuxième vague», estime Olivia Keiser, cheffe de la division des maladies infectieuses à l’Institut de santé globale de l’Université de Genève et membre de la task force scientifique fédérale.

Même s’ils sont encore loin d’être saturés, certains hôpitaux témoignent d’une hausse de leur occupation par des malades du covid. Dans le canton de Vaud, l’un des plus touchés par le virus, le CHUV accueillait au début du mois sept patients atteints du covid en médecine interne et trois au service de soins intensifs; ils sont maintenant 16 en médecine interne (sur un total de 168 lits, soit un taux d’occupation par des patients covid de 10%) et cinq en soins intensifs (sur un total de 36 lits, soit un taux d’occupation de 14%). Ce mercredi, l’OFSP annonçait huit décès, alors que depuis le mois de septembre, on en déplorait en moyenne un à trois par jour.

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Outre ces indicateurs, les spécialistes se disent aussi préoccupés par la progression du taux de positivité des tests covid – soit la proportion des personnes testées qui se révèlent contaminées. «Ce taux est très variable d’un canton à l’autre, la moyenne nationale [autour de 5% la semaine passée] n’est donc pas très significative. Dans un canton très touché comme Genève, la proportion de tests positifs frôle depuis quelques jours les 20%. On estime que la pandémie n’est plus sous contrôle quand, à quantité de tests constante, on sort du ratio de 1 à 5% de positifs», indique Isabella Eckerle, responsable du Centre de recherche sur les maladies virales émergentes des Hôpitaux universitaires de Genève.

2. Qu’avons-nous fait pour en arriver là?

L’accélération des transmissions était attendue avec la mauvaise saison. «Avec la baisse des températures, les personnes ont davantage de contacts entre eux: on reste à l’intérieur, les universités ont repris leurs enseignements, les écoles sont ouvertes, etc. Les mesures prises jusqu’à aujourd’hui suffisaient tant que les personnes avaient peu de contacts, mais elles ne vont pas assez loin pour garder l’épidémie sous contrôle aujourd’hui», avance Olivia Keiser.

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Ce rebond de la pandémie se retrouve d’ailleurs dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne ou encore l’Angleterre, qui les uns après les autres annoncent de nouvelles mesures restrictives. «Il y a eu une baisse de la garde pendant l’été et les personnes tardent à se remobiliser, déplore Isabelle Eckerle. Tout le monde a envie de reprendre sa vie d’avant, mais ce n’est pas le moment.»

Le décalage, qui a prévalu pendant plusieurs semaines, entre le nombre de cas qui augmentait d’une part et les hospitalisations qui demeuraient rares de l’autre a contribué à démobiliser une partie de la population. Ce phénomène s’explique pourtant: «Le coronavirus peut circuler pendant un certain temps dans chez les personnes jeunes sans que cela se traduise par une augmentation des formes graves. Mais à partir d’un certain moment, il déborde forcément vers les classes d’âge plus avancées», relève Isabella Eckerle. C’est justement ce qui est en train de se produire: alors qu’au mois de juin, la tranche d’âge la plus touchée était celle des 20-29 ans, la semaine dernière la médiane d’âge était de 38 ans.

3. A quoi faut-il s’attendre?

A court terme, «nous devons nous préparer à une hausse continue du nombre de cas. Et, malheureusement, il est très probable que les hospitalisations et les décès vont aussi augmenter», prévient Olivia Keiser. Il est en revanche impossible de faire des prédictions à long terme. «Peut-être que la rapide augmentation des cas va inciter les personnes à se comporter de manière plus prudente. J’espère aussi que de nouvelles mesures plus contraignantes vont être introduites, car la Suisse est probablement un des pays au monde où les mesures sont les moins strictes», assène l’épidémiologiste.

Les expertes interrogées par Le Temps redoutent une perte de contrôle de la pandémie en cas d’augmentation trop brutale du nombre de transmissions. Certains cantons reconnaissent déjà avoir du mal à effectuer le travail de traçage des contacts auprès de tous les nouveaux malades. Autre risque pointé, celui d’une nouvelle pénurie de tests. «La demande de réactifs est forte et les ressources ne sont pas illimitées. Il faut s’assurer que les laboratoires puissent rester efficaces, car la rapidité à laquelle on délivre les résultats est primordiale pour la lutte contre la maladie», souligne Isabella Eckerle.

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4. Et maintenant, que faire?

«La bonne nouvelle, c’est qu’on sait ce qu’il faut faire pour venir à bout de la pandémie: la situation est entre nos mains», soutient Isabella Eckerle. Maintien des distances, port du masque, hygiène des mains sont des solutions déjà bien connues. La virologue des HUG insiste aussi sur l’importance d’éviter les grands rassemblements: «Des manifestations sportives rassemblant une centaine de personnes ne me semblent pas une bonne idée. Même si, sur place, les distances sont respectées, ce n’est pas le cas dans les transports ou lors des rencontres sociales qui entourent ce type d’événements.»

Pour Olivia Keiser, le port du masque devrait être plus largement recommandé à l’intérieur, y compris dans les écoles et universités. «Il est temps de reconnaître que le maintien d’une distance de 1,5 mètre non assorti du port du masque n’est pas une mesure suffisante pour se prémunir d’une contamination», estime l’épidémiologiste, pour laquelle le télétravail devrait être davantage encouragé et les contacts privés limités, de nombreuses transmissions se produisant entre collègues ou amis. En passera-t-on par un nouveau confinement? Cette perspective ne semble pour l’heure pas privilégiée, même si, d’après le quotidien alémanique NZZ, le Conseil fédéral étudie la piste de confinements régionaux.

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