En Suisse, la loi fédérale interdisant le tabagisme dans les lieux publics et de travail est entrée en ­vigueur en 2010. Ses effets bénéfiques sur la population n’ont pas tardé à se faire sentir. A Genève, une étude menée sur quatre ans par Jean-Paul Humair, du Département de médecine communautaire des Hôpitaux universitaires de Genève, montre que la loi appliquée dès 2009 a fait chuter de 19% les hospitalisations pour pneumonie ou broncho-pneumopathie chronique obstructive et de 7% celles pour infarctus du myocarde. Plus de 100 hospitalisations et 1800 journées d’hospitalisation seraient évitées par an. Dans le canton de Vaud, une étude dirigée par Jacques Cornuz, responsable du service de tabacologie du CHUV, a noté une augmentation des capacités pulmonaires des employés de la restauration un an après l’entrée en vigueur de la loi.

Dans les Grisons, les hospitalisations pour infarctus du myocarde ont chuté de 21% chez les non-fumeurs les deux années ayant suivi l’application de la loi en 2008, aucune baisse n’étant constatée à Lucerne sans législation antitabac à l’époque. A l’échelle du pays, les économies réalisées pour le budget de la santé semblent déjà considérables. Rien que les journées d’hospitalisation dues aux accidents cardiaques évitées épargneraient ainsi près de 420 millions de francs, indiquent des chercheurs de l’Institut tropical et de santé publique de l’Université de Bâle dans la revue European Journal of Public Health.

Des lacunes dans la loi

Même s’ils saluent les progrès accomplis, les spécialistes de la santé publique soulignent le caractère inachevé de la législation fédérale actuelle et soutiennent l’initiative contre le tabagisme passif soumise à votation cet automne. «Il ne s’agit que d’aligner la loi sur celle des 15 cantons les plus avancés en ce domaine, souligne Nino Künzli, professeur à l’Institut tropical et de santé publique de Bâle. Cela permettrait de protéger les employés de la petite restauration des autres cantons qui restent autrement exposés à un risque accru de cancer et d’autres maladies.» Avis partagé par le professeur Jean-François Etter, de la Faculté de médecine de l’Université de Genève. Pour ce dernier, «il n’est pas acceptable que des clients et du personnel soient encore exposés à la fumée dans les établissements fumeurs de moins de 80 m2 autorisés par la loi fédérale».

Plus généralement, d’autres lacunes dans la lutte contre le tabagisme restent à combler. La publicité n’est pas encore interdite dans un tiers des cantons et la vente de cigarettes aux mineurs reste curieusement autorisée dans certains comme ceux de Genève ou de Neuchâtel.