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Nous le mentionnions dernièrement dans nos pages, avec le variant Delta bien plus transmissible, le retour des élèves sur les bancs de l’école a pris une tournure épidémiologique très différente de l’année précédente. En effet, depuis la fin des vacances d’été, le nombre de cas détectés chez les plus jeunes, en particulier chez les enfants de moins de 10 ans, est en très forte hausse et n’a même jamais été aussi élevé.

Résultat: dans le canton de Vaud, ce sont 523 élèves (dont 278 en primaire), sur plus de 91 000 du cycle primaire et secondaire, qui ont été mis en quarantaine depuis la rentrée. Dans le canton de Neuchâtel, ce sont 267 élèves sur plus de 20 000 et 34 classes qui ont été contraints de s’isoler depuis le 16 août. Quant à la Suisse alémanique, Lenzbourg dans le canton d’Argovie, entre autres exemples, a dû placer 607 élèves en isolement jusqu’au 16 septembre, soit la totalité des écoles primaire et secondaire de la commune. A Zurich, ce sont plus de 1000 élèves sur 35 000 qui ont été mis en quarantaine au cours des deux dernières semaines. Enfin, dans le canton de Soleure, environ une infection sur cinq au Covid-19 a été détectée à l’école, selon le médecin cantonal.

Cette explosion du nombre de cas chez les enfants et les adolescents pourrait, de plus, n’être que la pointe visible de l’iceberg. Tout laisse en effet à penser que les infections sont en réalité sous-estimées chez les moins de 10 ans, en raison d’un taux de positivité qui a atteint des niveaux record ces trois dernières semaines, celui-ci fluctuant autour des 15%. Or, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un taux de positivité de plus de 5% est considéré comme élevé et indique que de nombreux cas ne sont pas dépistés.

De fait, même si les moins de 10 ans n’ont jamais été autant testés depuis la pandémie, ils demeurent deux fois moins dépistés que les 10-19 ou les 20-29 ans.

L’Arc lémanique moins touché ou simple manque de recul?

A relever que la flambée des cas chez les jeunes enfants est plus importante outre-Sarine jusqu’à présent. Durant la dernière semaine, l’incidence des cas chez les moins de 10 ans y est deux fois plus élevée que dans les cantons lémaniques.

Est-ce parce que la rentrée des élèves en Suisse alémanique a eu lieu quelques semaines avant les cantons romands? Ou est-ce simplement parce que ces derniers testent deux fois moins largement les jeunes enfants que les Alémaniques?

Une chose est sûre: le dépistage préventif de masse dans les écoles continue de diviser les cantons. Alors qu’il s’est généralisé dans les cantons des Grisons, de Zoug, de Zurich ou de Bâle-Campagne – Berne venant d’annoncer qu’il y renonce –, et que le Jura a décidé de poursuivre la conduite de tests salivaires auprès de tous les élèves et enseignants de tous les niveaux jusqu’à la mi-octobre, les cantons romands persistent dans une stratégie de testing plus ciblé.

«La stratégie de vigilance et de surveillance mise en place par le médecin cantonal fonctionne bien et continue, martèle Julien Schekter, au nom du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture ainsi que du Département de la santé du canton de Vaud. Elle permet d’éviter les quarantaines tout en isolant les élèves ou les enseignants positifs au Covid-19. Le dépistage des moins de 12 ans attire l’attention alors qu’ils ne contribuent pas à la surcharge du système de santé.»

Même son de cloche du côté de Genève, qui a décidé de maintenir les recommandations de dépistage actuellement en vigueur. A savoir qu’en cas de flambée dans le primaire (plus de trois cas confirmés dans une classe et suspicion de transmission intrascolaire) les parents et élèves sont informés par courrier afin de les inviter à effectuer un test de dépistage, un testing dit «réactif» étant conduit en classe uniquement dès le niveau du secondaire 1.

«Les recommandations sont claires et nous ne pensons pas les changer pour l’instant, explique Aglaé Tardin, médecin cantonale genevoise. Il faut relever que tant que nous sommes en phase de normalisation, la circulation virale chez les enfants doit être tolérée pour deux raisons: ils sont très peu à risque de développer des infections sévères et ils ne peuvent accéder au vaccin.»

L’inquiétude des experts

Pour Tanja Stadler, présidente de la task force, la situation ne doit toutefois pas être minimisée. Cette dernière a évoqué «une vague prononcée d’infections chez les enfants et les jeunes» lors du point presse hebdomadaire de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui s’est tenu le mardi 7 septembre. «Bien que le virus ne soit pas particulièrement dangereux pour la plupart des enfants, des cas de complications graves existent aussi. De plus, des conséquences de covid long pourraient être à craindre.»

Lire aussi: Quelles mesures pour diminuer la propagation des aérosols dans les écoles?

Selon le dernier rapport de la task force scientifique, «étant donné que 1,1 million d’enfants de moins de 12 ans ne peuvent se protéger par la vaccination, il est d’autant plus important de les protéger par des mesures aussi peu invasives que possible et qui ne restreignent pas leurs interactions sociales», citant par exemple l’usage de capteurs CO2 afin de «réduire la transmission par aérosols», ou encore «la conduite de tests réguliers afin de détecter les épidémies à un stade précoce et interrompre les chaînes de transmission».

Pour Virginie Masserey, cheffe de la section Contrôle de l’infection et programme de vaccination de l’OFSP, des interventions telles que l’aération des locaux, le maintien autant que possible de la distance entre les élèves, ou encore le port du masque «dont l’effet est avéré pour freiner la propagation du virus» doivent également être préconisées au sein des écoles. Des mesures qui, selon cette dernière, «pourraient être levées au sein des établissements conduisant des tests répétitifs, pour autant que le nombre d'infections reste bas.»