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Cela semble désormais inexorable: les pays riches sont en ordre de marche pour des campagnes de rappel vaccinal à l’automne. Aux Etats-Unis et en Europe, les autorités sanitaires épluchent les données épidémiologiques internationales, la littérature scientifique et les résultats des laboratoires pharmaceutiques à l’affût d’indices quant à une éventuelle baisse de la protection immunitaire conférée par les vaccins.

Mais que disent exactement les données? Démontrent-elles scientifiquement le bien-fondé d’un rappel? C’est ce que nous avons examiné.

Aux Etats-Unis, la Maison-Blanche, qui envisage un rappel dès six mois après la vaccination complète, s’appuie sur des études des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

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Celles-ci montrent, de manière générale, une légère diminution de la protection contre les infections, de 92 à 80% entre mai et juillet par exemple (en jaune dans le graphe), selon des données new-yorkaises établies sur la population générale adulte.

Pour les autorités américaines, ces réinfections chez les vaccinés, bien que rares et généralement bénignes, préfigureraient une autre baisse d’efficacité, cette fois face aux hospitalisations. D’où la nécessité, selon elles, d’entamer une campagne de rappel à titre préventif. Cependant, un tel recul de l’efficacité face aux hospitalisations n’a jusqu’ici pas été observé (en rose).

Du nouveau dans les données suisses

Les chiffres internationaux constituent d’intéressantes bases de comparaison, sans toutefois être transposables d’un pays à l’autre. Quid de la Suisse donc?

La situation s’avérait quasi impossible à analyser, le statut vaccinal des personnes infectées n’étant pas systématiquement recueilli, au grand dam des scientifiques de la Task Force Covid-19.

Les choses ont cependant évolué tout récemment. Comme Le Temps a pu le constater, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) publie depuis début août les chiffres détaillés des personnes entièrement vaccinées qui ont été hospitalisées pour cause de Covid-19.

Ces données, actualisées quotidiennement, remontent jusqu’au mois de février. L’OFSP souligne que ces chiffres peuvent être incomplets et doivent être interprétés avec prudence.

La protection vaccinale reste stable

Pour examiner s’il existait une éventuelle baisse de l’immunité, nous avons calculé les incidences des hospitalisations en fonction du statut vaccinal, que nous avons représentées dans un graphique.

Il apparaît immédiatement que l’incidence des hospitalisations est 90% moins importante chez les vaccinés (en vert), comparée aux non-vaccinés (en rouge). Le constat est net: sur 491 nouvelles hospitalisations survenues la semaine du 15 août, les non-vaccinés représentaient… 468 cas.

Autre observation intéressante, les hospitalisations ont crû à partir de début juillet. C’est exactement à cette même période que le variant Delta est devenu la première cause des infections en Suisse. Cela ne signifie pas forcément que ce variant entraîne des formes plus graves, il peut s’agir d’une conséquence de sa plus grande transmissibilité, qui engendre naturellement davantage de cas.

Les hospitalisations sont en revanche restées stables, et à un niveau très bas, chez les vaccinés. Des observations cohérentes avec les efficacités déterminées lors des essais cliniques des vaccins à ARNm. La protection vaccinale contre les hospitalisations n’a pas diminué ces derniers mois, si l’on s’en tient à ces données de l’OFSP qui ne plaident donc pas en faveur d’un rappel vaccinal, du moins pour la population générale.

La question des réinfections

Les réinfections au Covid-19 après vaccination – sans hospitalisation – sont également à prendre en compte pour l’évaluation de la protection vaccinale. Il existe de telles données nationales, mais de l’aveu même de l’OFSP ces chiffres sont pour l’heure largement incomplets et sous-évaluent jusqu’à 6 fois la réalité. En cause, l’absence de données fédérales centralisées des personnes vaccinées. Mais le processus de déclaration est en cours d’établissement et l’OFSP prévoit de publier dans les prochaines semaines des données plus détaillées à ce sujet.

L’étude de ces réinfections, en particulier chez les personnes à risque, est un critère déterminant. Israël, qui a utilisé les mêmes vaccins que la Suisse, constitue un exemple intéressant. Plus de 2,3 millions d’Israéliens ont reçu une troisième injection et, dès octobre, toute personne vaccinée à deux doses depuis plus de six mois ne sera plus considérée comme vaccinée. «Le taux d’infection prouve que les deux premières doses du vaccin ne protègent que cinq à six mois, pas plus», affirmait au Temps Michal Linial, professeure de biochimie et de bio-informatique à l’Université hébraïque de Jérusalem. Les données des prochaines semaines seront décisives pour un rappel en Suisse.

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