Malgré le caractère extrêmement préliminaire des recherches scientifiques sur les thérapies anti-Covid-19, la panique monte dans le monde entier: tout comme le papier toilette, les médicaments à base de chloroquine et d’hydroxychloroquine (la Nivaquine et le Plaquenil, respectivement) deviennent de plus en plus difficiles à trouver. «Cela fait une semaine que des patients chroniques nous signalent qu’ils n’arrivent plus à trouver leur médicament en pharmacie», affirme Axel Finckh, médecin au service de rhumatologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Ces molécules sont habituellement prescrites dans certaines maladies auto-immunes telles que la polyarthrite rhumatoïde et le lupus.

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«Toute la chaîne de production est sous tension», confirme Manuel Masconi, cofondateur de Remedok, une plateforme d’échange de médicaments entre pharmacies et fournisseurs suisses. D’après ce dernier, de nombreuses officines étaient vidées de leurs stocks en ce début de semaine, conduisant son entreprise à être «de plus en plus sollicitée sur le sujet». Au dire des spécialistes interrogés pour cet article, il paraît évident que le surplus de demandes ne provient pas de patients chroniques inquiets, mais bien de nouvelles personnes désireuses de stocker le médicament, même s’il est dangereux et d’une efficacité non démontrée. «Il y a certainement des ordonnances de complaisance», déplore Axel Finckh qui ne se dit pas inquiet pour autant: «C’est un vieux médicament dont la fabrication est bien maîtrisée. La pénurie devrait être transitoire.»

Aucun effet préventif

La situation a néanmoins conduit le canton de Vaud à réquisitionner les stocks existants de Plaquenil. Il sera utilisé dans certains cas particuliers, en attendant d’en savoir plus sur son efficacité. «Nous avons demandé aux médecins et pharmaciens de limiter les prescriptions de Plaquenil aux patients qui en ont besoin», a expliqué lundi la conseillère d’Etat Rebecca Ruiz lors d’un point presse. Hors patients chroniques, le Plaquenil sera réservé aux personnes qui sont atteintes par le Covid-19 et qui ont besoin d’une prise en charge hospitalière.

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En Suisse, les hôpitaux utilisent déjà la chloroquine pour lutter contre le Covid-19, mais dans certains cas bien précis, et pas chez tous les patients. Rappelons-le, la chloroquine n’a aucun effet préventif sur le coronavirus. Plusieurs accidents ont déjà eu lieu. Aux Etats-Unis, un homme est décédé lundi après avoir absorbé une dose de phosphate de chloroquine, et des intoxications similaires ont également été rapportées au Nigeria.

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