Systèmes d’alerte efficaces

La canicule s’installant sur l’Europe, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) ont rappelé l’importance des dispositifs d’alerte pour protéger les populations de la chaleur. Elles publient un rapport qui s’inspire des systèmes mis en place dans les pays occidentaux pour guider les nombreux Etats qui en sont dépourvus.

Les milliers de personnes tuées par les vagues de chaleur en Inde et au Pakistan sont venues le rappeler: les plans de prévention des effets des canicules restent rares dans le monde. En Europe, les bulletins d’alerte qui se succèdent depuis quelques jours, d’abord en Espagne et en France puis en Grande-Bretagne et en Suisse, ne doivent pas faire oublier qu’il a fallu l’hécatombe de l’été 2003 – 70 000 morts estimées – pour que les autorités mettent en place des dispositifs cohérents. Un signe que ces phénomènes peu spectaculaires mais très meurtriers ont longtemps été négligés.

Philadelphie pionnière

Le premier système d’«alerte canicule» remonte à une vingtaine d’années. Après avoir constaté 120 décès liés à une vague de chaleur en 1993, les autorités de Philadelphie, au Etats-Unis, avaient décidé d’agir. Une stratégie qui a montré son efficacité dès 1995, au cours d’une vague de chaleur plus intense dans le pays: Philadelphie n’avait perdu que 73 habitants en dépit de ratés liés à la jeunesse du dispositif, tandis qu’à Chicago, deux fois plus peuplée mais qui n’a créé son plan qu’en 1996, on a dénombré 670 victimes.

Dans leur rapport, l’OMS et l’OMM décrivent les axes sur lesquels bâtir une stratégie de prévention des conséquences des chaleurs extrêmes. Elle repose d’abord sur la prévision météorologique de la température, mais aussi du taux d’humidité, ces deux paramètres agissant ensemble sur le corps. Ensuite, le dispositif doit déterminer des seuils associés au niveau de stress thermique attendu, en tenant compte des particularités climatiques de la région: un Sévillan ne réagira pas de la même manière à de fortes températures qu’un Genevois! Enfin, le dispositif doit prévoir une graduation des informations diffusées aux populations et aux agences gouvernementales, en fonction du risque sanitaire.

Urgence du réchauffement

L’OMS et l’OMM insistent aussi sur la nécessité d’intégrer les dispositifs d’«alerte canicule» au cœur de véritables plans d’action contre la chaleur associant les instituts de prévision météorologique et les autorités sanitaires. Elles rappellent que les effets d’une canicule sont plus marqués en ville, puisque l’artificialisation des sols accroît la température le jour et gêne le rafraîchissement nocturne, et qu’il est impératif d’en tenir compte dans les politiques d’urbanisme. La moitié des humains vivent dans des villes et ils seront les deux tiers en 2050.

La protection des populations contre les vagues de chaleur est d’autant plus urgente que le climat se réchauffe, selon l’OMS et l’OMM: de mémoire de météorologue, 14 des 15 années les plus chaudes appartiennent au XXIe siècle. Et les climatologues sont formels: le réchauffement va multiplier les épisodes de chaleur extrême lors des prochaines décennies. La canicule de 2003 risque de devenir la norme l’été en Europe d’ici à 2100. Ce n’est pas le début de l’été 2015 qui le démentira.