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Une révision de l’ordonnance fédérale sur la protection des eaux prévoit d’augmenter les concentrations de micropolluants tolérées dans les eaux de surface.
© YVES HERMAN / REUTERS

Qualité des eaux

La Suisse veut permettre une concentration du glyphosate 1200 fois plus élevée

Une révision de l’ordonnance fédérale sur la protection des eaux prévoit d’augmenter les concentrations de micropolluants tolérées dans les eaux de surface. Le glyphosate aura ainsi droit à une concentration 1200 fois plus élevée qu’aujourd’hui

Pesticides, médicaments, cosmétiques ou encore produits de nettoyage, toutes ces substances se retrouvent régulièrement dans les lacs et rivières sous forme de micropolluants. Ceux-ci proviennent principalement des eaux usées domestiques ou du lessivage des terrains agricoles. Malgré leur faible concentration, ces polluants peuvent avoir des effets néfastes sur les écosystèmes aquatiques. Une ordonnance fédérale s’assure de la protection des eaux en fixant des exigences de qualité chimique des eaux de surface du pays.

Le 22 novembre dernier, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a mis en consultation une révision de cette ordonnance qui, si elle est acceptée, entrera en vigueur le 1er novembre 2018. Les changements proposés fixent de nouvelles teneurs maximales tolérées pour plusieurs micropolluants.

1200 fois plus de glyphosate

Parmi eux, treize médicaments et quatre produits chimiques industriels, pour l’heure non réglementés, pour lesquels des valeurs sont pour la première fois établies. Pour les pesticides, par contre, une valeur unique existait déjà. Jusqu’ici une teneur maximale de 0,1 microgramme (μg) par litre d’eau prévalait pour tous les pesticides, une nouvelle limite individualisée a donc été proposée pour 38 d’entre eux.

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Dans 25 cas, elle est plus élevée qu’avant. Une augmentation de tolérance parfois considérable, qui ne fait pas l’unanimité. Dans le cas du glyphosate par exemple, une eau contenant jusqu’à 120 μg/l du pesticide controversé sera jugée conforme, une concentration 1200 fois plus élevée que par le passé.

Modernisation des valeurs

Comment justifier une telle augmentation de tolérance pour les pesticides? Selon Reto Muralt, membre de section qualité des eaux de l’OFEV, «l’ancienne valeur de 0,1 μg/l mise en place dans les années 1990 correspond à la limite de détection de l’époque. Elle a été fixée selon le principe de précaution sans avoir de données scientifiques pour la justifier. Aujourd’hui, les moyens analytiques sont plus performants et des études écotoxicologiques nous ont permis de déterminer l’impact potentiel de certains micropolluants sur la faune et la flore aquatiques.»

Par ailleurs, dans son rapport explicatif, l’OFEV rappelle que toute surcharge mesurable de ces substances par rapport à l’état initial est une pollution. Il y a toujours obligation d’éviter ces contaminations même si elles n’entraînent pas le dépassement du seuil de tolérance.

Malgré leurs allures permissives, Reto Muralt assure que ces nouvelles normes devraient mener à une amélioration de la qualité des eaux. D’après lui, elles permettront de se focaliser sur les pesticides les plus problématiques. En effet, le contrôle de la qualité des eaux incombe principalement aux cantons, qui ont ensuite la charge de localiser la source de pollution et de régler l’incident. Or «le seuil de 0,1 μg/l est régulièrement dépassé pour plusieurs pesticides, affirme-t-il.  Certes, la hausse du seuil de tolérance de certains micropolluants entraînera une diminution du nombre de dépassements. Toutefois, cela permettra de se concentrer sur les vrais problèmes, les micropolluants les plus toxiques qui ont les seuils de tolérance les plus bas. Avec des valeurs scientifiquement fondées, les cantons peuvent s’assurer qu’ils ciblent les substances pertinentes.»

Méthodes lacunaires

Une semaine après le rapport environnemental de la Suisse par l’OCDE, qui avait loué le système suisse de mesure des micorpolluants, l’un des premiers à avoir été mis en place sur le plan mondial, l’annonce a de quoi surprendre. Ecotoxicologue à l’Université de Lausanne, Nathalie Chèvre est en désaccord avec cette révision. Selon la spécialiste, ces nouvelles valeurs sont entre autres fondées sur des études qui analysent les effets de micropolluants sur des organismes aquatiques – des plantes, des poissons ou des microcrustacés, par exemple. Mais certaines des méthodes classiquement utilisées sont fortement critiquées dans le milieu, jugées comme inadaptées et lacunaires. «La liste des organismes étudiés est restreinte, explique-t-elle. A ma connaissance, l’étude des champignons, notamment, n’est pas prise en compte dans ces méthodes. Dès lors, comment peut-on légitimement estimer la toxicité d’un fongicide?»

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Autre lacune pointée par la scientifique, «certains antibiotiques sont tolérés jusqu’à 30 μg/l, alors que les risques de développement de résistances aux antibiotiques sont encore largement méconnus. Il semblerait également que chaque substance a été considérée individuellement, sans tenir compte des éventuelles interactions entre différents produits, les effets cocktails.»

Enfin, même si ces nouvelles normes ne concernent pas les eaux potables pour lesquelles les limitations sont plus strictes, Nathalie Chèvre attire l’attention sur le fait qu’il faudra davantage traiter les eaux de surface et les eaux souterraines pour les rendre consommables. Une inquiétude démentie par Reto Muralt qui affirme que les eaux potables viennent principalement des eaux souterraines, pour lesquelles les valeurs de tolérance des pesticides restent inchangées. Le responsable soutient également que dans les lacs, sources secondaires d’eaux potables, l’effet de dilution rend très improbable les risques de dépassement du seuil. 

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