Bataille autour des quotas nationaux d’émissions, controverse sur la taxe carbone aux frontières: les Européens menacent de s’enferrer dans des querelles intestines et de discréditer leur position de négociation à trois mois du sommet de Copenhague sur le climat.

L’initiative franco-allemande, brandissant la menace d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe contre les produits des pays ne faisant pas assez d’efforts contre le réchauffement climatique, est symptomatique.

»Ils mettent en garde nos interlocuteurs contre les conséquences d’un échec, parce qu’il ne faut pas croire que les Chinois, les Russes ou les Indiens sont des enfants de choeur», souligne un des stratèges français pour justifier la décision du président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel.

Les deux dirigeants ont publié la semaine dernière une lettre en ce sens avant le sommet sur le climat de l’ONU à New York.

Problème: ils ne se sont pas concertés avec les autres Européens, très divisés sur cette stratégie de négociations.

»La présidence suédoise (de l’Union européenne) est totalement contre, la Commission européenne est contre, les Danois (hôtes du sommet de Copenhague) sont contre, les Britanniques et les Néerlandais sont contre, et l’OMC est contre, même si elle dit que c’est compatible», commente un responsable européen.

Les Allemands, hostiles à toute mesure protectionniste, ne sont pas eux mêmes unanimes et beaucoup d’autres Européens sont réservés, à l’image du ministre belge en charge du climat et de l’énergie, Paul Magnette.

»L’Union européenne ne doit pas jouer trop les menaces», juge-t-il dans le quotidien Le Soir.

En raison des divergences affichées, la position de négociation de l’UE risque le discrédit, avertit une source à la Commission.

D’autant que le plan d’action européen pour réduire les émissions de gaz à effet de serre adopté en décembre 2008 (-20% au moins d’ici 2020) prévoit déjà instruments pour protéger les entreprises de l’UE en cas d’échec à Copenhague.

Un autre sujet de friction interne vient de surgir à la suite de l’annulation cette semaine par la justice européenne de décisions de la Commission réduisant les droits à polluer de huit pays entrés dans l’UE depuis 2004.

Et dans le même temps, le gouvernement italien vient de réaliser qu’il n’en a pas assez. Il n’est pas en mesure d’accorder des droits à polluer pour les nouveaux projets industriels de la péninsule.

Tous ces pays demandent à Bruxelles de relever leurs plafond d’émissions de CO2 de l’UE, qui doivent être distribués à leurs industries. Mais le commissaire à l’Environnement Stavros Dimas refuse.

»Les limites de CO2 ont été fixées et ne sont normalement pas négociables», a prévenu jeudi sa porte-parole, Barbara Helfferich.

Les requérants pourraient du coup relancer le débat lors d’une prochaine réunion des ministres de l’Environnement de l’UE le 21 octobre à Luxembourg, au risque de la parasiter un agenda déjà chargé.

La réunion a en principe d’autre enjeux cruciaux avant Copenhague. L’Union européenne doit voir comment elle pourrait porter son objectif de baisse des émissions globales de 20% à 30% en 2020, en cas d’accord mondial au Danemark.

Elle doit surtout fixer l’aide financière qu’elle est prête à apporter aux pays du Sud pour les aider à lutter contre les effets du réchauffement.

Les Européens discutent sur une enveloppe de 2 à 15 milliards et doivent s’entendre sur la répartition du fardeau, ce qui ne sera pas une mince affaire.