Sus au ravageur des vergers

Arboriculture Récemment arrivée en Suisse, la drosophile suzukii entraîne des gros dégâts sur les fruits

Des parades sont développées mais l’éradication semble hors de portée

Qui arrêtera la drosophile suzukii? Quatre ans après son arrivée en Suisse, cet insecte ravageur des fruits ne cesse de gagner du terrain. Ses populations ont connu en 2014 un développement «dramatique», dixit l’Agroscope, le centre de compétence de la Confédération pour la recherche agricole, qui communiquait mardi ses nouvelles stratégies de lutte contre l’insecte. Véritable terreur des vergers, la «suzukii» a entraîné l’année passée d’importants dégâts chez les producteurs de fruits mais aussi chez les vignerons.

Originaire d’Asie, la Drosophila suzukii, ou mouche de la cerise, mesure moins de 3 millimètres de long. Elle s’attaque aux fruits en maturation qu’elle perce pour y déposer ses œufs, les rendant impropres à la consommation. Contrairement à la plupart des insectes ravageurs, elle n’est pas spécialisée dans un type de fruit particulier mais touche aussi bien les baies (mûres, framboises, myrtilles…) que les fruits à noyaux (notamment les cerises et les abricots) et dans une moindre mesure les raisins. «Elle peut aussi se développer en forêt, sur des plantes sauvages comme le sureau ou la viorne. L’existence de ces réservoirs naturels la rend très difficile à combattre», explique Catherine Baroffio, spécialiste de l’insecte à l’Agroscope.

Initialement repérée au Tessin et dans les Grisons, la suzukii est aujourd’hui présente sur l’ensemble du territoire helvétique. Elle prolifère normalement durant le printemps et l’été, avant de régresser en hiver. «Mais depuis deux ans nous en capturons tout au long de l’année, y compris en hiver», révèle Catherine Baroffio. Cette progression serait liée aux conditions météorologiques, la petite mouche affectionnant les hivers doux et les étés pluvieux. Exactement ce dont elle a bénéficié au cours de la saison passée. «En 2014, les suzukii ont été présentes en grand nombre dès le début du printemps. Elles ont notamment entraîné d’importants dommages sur les cerises, alors qu’auparavant c’était plutôt les baies qui étaient touchées en fin d’été», indique Thomas Herren, de l’organisation faîtière des producteurs Fruit-Union Suisse, qui se dit toutefois incapable de chiffrer les pertes entraînées par l’insecte.

L’hiver dernier ayant été relativement doux, le même scénario va-t-il se répéter? Tout dépendra de la météo, mais aussi des parades mises en place par les producteurs. Des stratégies de lutte contre la suzukii ont en effet été développées ces dernières années par les chercheurs d’Agroscope, en collaboration avec les professionnels du secteur. Elles comprennent notamment des mesures d’hygiène destinées à éviter les pontes, comme le fait d’accroître la fréquence des cueillettes et de débarrasser les parcelles de tous les fruits non récoltés, au lieu de les laisser sur place. Des filets à fin maillage sont aussi utilisés, notamment sur les cerisiers. Par ailleurs, des pièges contenant des substances très attirantes pour la mouche peuvent être placés autour des champs afin de la détourner des fruits. Enfin, des insecticides sont parfois employés. «Mais on ne recourt à ces substances qu’en cas d’échec des autres approches», assure Thomas Herren.

«Aucune de ces mesures n’est efficace individuellement, mais lorsqu’elles sont combinées elles donnent de bons résultats», soutient Catherine Baroffio. Qui souligne toutefois leur important coût pour les producteurs. Le fait de nettoyer correctement les parcelles pour éviter les pontes occasionnerait ainsi un surcoût de 3000 à 10 000 francs par hectare, d’après la chercheuse. Egalement concernés par le problème, les propriétaires des jardins privés et d’espaces d’auto-cueillette devraient prendre eux aussi des mesures, selon Agroscope.

Toutes ces actions ont le même objectif: contenir les populations de suzukii. Avec jusqu’à 300 à 400 œufs pondus par femelle et un temps de développement des œufs en larves de huit à dix jours lorsque les conditions sont favorables, on comprend que les populations de cette mouche peuvent progresser de manière exponentielle. Limiter sa prolifération apparaît donc comme le meilleur moyen de réduire ses dommages aux cultures.

Par contre, il n’y a pour l’heure pas d’espoir de la supprimer, tant elle semble bien adaptée aux conditions qu’elle rencontre en Suisse: «Il faut apprendre à vivre avec», estime Catherine Baroffio. Dans les régions d’Asie d’où elle est originaire, la mouche de la cerise est parasitée par d’autres insectes, ce qui régule dans une certaine mesure ses populations. Sans pour autant la faire disparaître totalement.

La petite mouche affectionne les hivers doux et les étés pluvieux