Swissnex Singapore, la fin d’une histoire

Diplomatie scientifique Forcé d’économiser, le Secrétariat d’Etat à la recherche sacrifie son «consulat scientifique» dans la ville-Etat, qui fermera d’ici à fin 2015

D’autres pays d’Asie sont ciblés pour l’installation de nouvelles entités similaires

Le swissnex Singapore, le troisième des «consulats scientifiques» ouverts par la Suisse à l’étranger, va fermer ses portes d’ici à la fin de 2015. L’annonce figure dans la newsletter du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Celui-ci y explique examiner les possibilités d’ouvrir, ailleurs dans le monde, d’autres antennes similaires de ce réseau mis en place dès l’an 2000 aux Etats-Unis.

Les swissnex, financés pour un tiers par le SEFRI et pour le reste par des partenariats externes, publics ou privés, ont pour objectif d’offrir une plateforme aux institutions suisses du domaine des hautes écoles et de la recherche pour soutenir leurs efforts de rayonnement sur le plan international. Il en existe six à ce jour, à Boston, San Francisco, Singapour, Shanghai, Bangalore, Rio.

Dans Le Temps d’octobre 2014, la directrice du swissnex Singapore, Suzanne Hraba-Renevey, rappelait la «success story» de l’entité qu’elle a fondée en 2004 dans un «jeune Etat de 50 ans qui a brûlé les étapes du développement économique, et caracole aux premiers rangs des classements de la compétitivité et de l’innovation à côté de la Suisse.» Après avoir misé sur la manufacture, surtout dans l’électronique, la ville-Etat a investi dans les domaines à forte valeur ajoutée: sciences de la vie, cleantechs, technologies de l’information. Autant de raisons de penser que le swissnex Singapore, qui emploie trois personnes dans son équipe principale et plusieurs intérimaires en fonction des projets, y avait encore des cartes à jouer.

Le SEFRI voit les choses différemment. «Nous avons considéré que le swissnex Singapore avait largement atteint ses objectifs», dit au Temps l’ambassadeur Mauro Moruzzi, chef de la Division Relations internationales au SEFRI. Selon la newsletter, l’entité a «grandement contribué à développer une présence suisse très solide et dense à Singapour, et à tisser des liens serrés entre chercheurs et entrepreneurs des deux pays, qui contribueront à aboutir dans de nombreuses coopérations directes.» Plusieurs institutions suisses ont en effet installé des antennes dans la ville-Etat, dont l’EPFZ qui y a ouvert en 2012 un laboratoire d’urbanisme, ou l’Université de St-Gall. «Désormais, ces institutions n’ont plus forcément besoin d’un soutien de ce type-là sur place», justifie Mauro Moruzzi.

La décision surprend le conseiller national libéral-radical Fathi Derder: «Singapour me semble être une place scientifico-technologique incontournable en Asie du Sud-Est. Cela dit, il est vrai que le principe de fonctionnement des swissnex se traduit par une grande souplesse, loin de la diplomatie habituelle qui veut mettre en place et profiter du travail d’une équipe pour des décennies. Je peux donc entendre cette décision, mais je ne la comprends pas bien.» Ce d’autant que le parlementaire a proposé, dans un récent postulat, de doubler le réseau swissnex.

Sa demande a incité le SEFRI à tirer un bilan du fonctionnement et de la stratégie de ses «consulats scientifiques», afin d’analyser les possibilités de poursuivre le développement du réseau. «La nécessité de maintenir la présence d’un swissnex sur un site donné est réexaminée en fonction de la réalisation des objectifs visés, du potentiel encore existant, et des moyens à disposition», détaille Mauro Moruzzi, qui ajoute que «cette réflexion, concernant Singapour, existait depuis plusieurs années». Les coupes prévues dans les budgets fédéraux, qui toucheront tous les domaines, réduiront en effet les marges de manœuvre du SEFRI notamment.

Selon le Secrétariat d’Etat, une enquête menée début 2015 auprès des acteurs du domaine «a confirmé la bonne réputation des swissnex, qui sont perçus comme dynamiques, orientés client et entrepreneuriaux. Les prestations de services fournies recueillent une large satisfaction.» Cependant, le sondage a aussi révélé «une demande claire d’ouvrir de nouvelles antennes sur des sites stratégiquement intéressants où la Suisse est encore peu présente à ce jour», et où les potentiels de coopération pourraient être importants. On évoque la Corée du Sud, le Japon ou l’Afrique du Sud. «Ce n’est plus un mystère que ces pays nous intéressent, confirme Mauro Moruzzi. Ce qui ne veut pas dire que nous excluons d’autres régions. Car imposer l’installation d’un swissnex peut s’avérer risqué, tant le modèle repose aussi sur des initiatives locales.»

«Que l’on évoque l’ouverture d’autres swissnex me rassure», reprend Fathi Derder. Par ailleurs, l’ambassadeur Moruzzi rappelle que, si le swissnex Singapore va fermer ses portes, l’essentiel des activités de support qu’il assure seront transférées à un bureau pour les questions scientifiques et de formation sis à l’ambassade de Suisse, garantissant ainsi la continuité. Cette entité s’ajoutera donc aux 18 postes de conseillers scientifiques des ambassades suisses dans le monde, qui complètent le réseau swissnex.

Pour un observateur du domaine, la fermeture de l’entité singapourienne n’équivaut pas à un désaveu de la place scientifique asiatique, ni le début de la fin des swissnex: «Mais c’est l’occasion de repenser le modèle. Au début, l’on a peut-être pensé qu’on pouvait copier en Asie la méthode qui avait fait ses preuves aux Etats-Unis. Ce n’est pas si simple.» Dans le rapport annuel 2014 des swissnex, le Secrétaire d’Etat Mauro Dell’Ambrogio ne dit pas le contraire: «Il reste nécessaire pour chaque swissnex de se réinventer, d’être innovant dans le développement de partenariats, d’explorer de nouvelles opportunités et de s’adapter aux cultures locales, pour rester sur la voie du succès.»

«Ce n’est ni un désaveu ni la fin de swissnex, mais l’occasion de repenser le modèle»