Suite logique de l’annonce le 27 mai de la mise en voilure réduite de la task force scientifique Covid-19 d’ici à l’été – une information révélée par Heidi. news – son président, le professeur Martin Ackermann, va passer le relais à la professeure Tanja Stadler. Cette nomination a du sens pour plusieurs raisons.

Du point de vue du calendrier d’abord. Tanja Stadler entrera en fonction dès lors que le Conseil fédéral annoncera la «phase de normalisation», lorsque tous les adultes le souhaitant auront été entièrement vaccinés. La Suisse sera alors dans une nouvelle grande étape de l’épidémie, vraisemblablement avec une large part de sa population vaccinée. L’attention sera moins focalisée sur les rares cas ou hospitalisations, et plus sur les variants échappant potentiellement à la vaccination.

Une spécialiste de l’évolution

Et c’est justement dans ce domaine que Tanja Stadler est compétente. Mathématicienne, professeure de science et d’ingénierie des biosystèmes à l’antenne de Bâle de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, elle applique ses travaux à l’évolution phylogénétique pour analyser, par exemple, l’émergence et l’extinction des espèces vivantes et des virus.

Déjà membre de la task force, c’est notamment sous son impulsion que la Suisse a fini par s’intéresser au séquençage génétique des variants. Au printemps dernier, l’OFSP n’en voulait pas. Qu’à cela ne tienne, elle a contribué à la formation du Swiss SARS-CoV-2 Sequencing Consortium (S3C), réseau responsable des deux tiers des séquences génétiques virales suisses consultables sur Gisaid, une base de données mondiale dans laquelle sont répertoriées les diverses séquences génétiques du coronavirus. Depuis, l’OFSP a entériné la mise en place d’un programme national de surveillance génomique du SARS-CoV-2.

Renouveau bienvenu

Or cette surveillance sera cruciale dans les mois qui viennent, rappelle Ioannis Xenarios, professeur de bio-informatique à l’Université de Lausanne et au Centre hospitalier universitaire vaudois et responsable de la plateforme d’analyse du Health 2030 Genome Center: «Il faudra identifier les infections survenant chez des personnes pourtant vaccinées afin de séquencer les génomes des virus et de détecter d’éventuelles mutations qui leur permettent potentiellement d’échapper au vaccin». Dans ce contexte, le nom de Tanja Stadler s’est naturellement imposé. «C’est vraiment sa spécialité, qu’elle appliquait d’ailleurs à d’autres virus d’importance en santé publique avant la pandémie», rappelle Ioannis Xenarios.

Enfin il ne vous aura pas échappé que Tanja Stadler est aussi une femme, la première à ce poste, jeune qui plus est. A seulement 40 ans, elle est déjà professeure, depuis 2014. Régulièrement citée dans les médias, y compris à l’étranger, elle apportera, en plus de son expertise, un renouveau bienvenu au sein de la task force.