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Les coraux vivent en symbiose avec des microalgues appelées zooxanthelles.   
© Lauric Thiault

Océans

Tara, une expédition au chevet des coraux

Le voilier Tara va bientôt partir pour un périple de deux ans et demi à travers le Pacifique afin d’étudier les coraux, fragilisés par le réchauffement climatique

184 ans après le voyage du Beagle de Darwin, qui lui a permis d’étudier les récifs coralliens de manière approfondie, seize marins et scientifiques quitteront le port français de Lorient le 28 mai à bord du voilier Tara pour une nouvelle épopée scientifique. Un périple de deux ans et demi et 100 000 kilomètres à travers le Pacifique qui vise à mieux comprendre la fragilité des coraux.

Lire aussi: La Grande Barrière de corail en danger

Les récifs coralliens ne représentent que 0,2% de la surface des océans, mais ils abritent 30% de leur biodiversité. «Sur un seul kilomètre carré de récif, on trouve autant d’espèces vivantes que sur l’ensemble du littoral français», résume Serges Planes, du Centre National français de la Recherche Scientifique (CNRS).

Le directeur scientifique de l’expédition Tara Pacific était à Paris jeudi 14 avril à l’occasion d’une présentation à la presse. Le projet est piloté par la Fondation Tara Expéditions, avec le soutien de nombreux partenaires scientifiques, comme le CNRS et le Centre scientifique de Monaco, et de sponsors privés conduits par la styliste Agnès B, instigatrice, en 2003, des expéditions Tara.

Proches des côtes, les récifs sont des espaces fragiles soumis à nombreuses agressions. Certaines sont liées à la proximité des hommes, qui aménagent des ports et déversent toutes sortes de polluants. D’autres sont plus globales, comme le changement climatique qui acidifie les eaux océaniques et les réchauffe.

«On considère que 20% des récifs de la planète ont disparu, que 15% sont menacés à dix ans, et que 20% sont menacés à 40 ans», avertit Serge Planes. Autrement dit, au milieu de ce siècle, la moitié des récifs pourraient avoir disparu, avec des conséquences dramatiques pour les 500 millions d’humains qui en tirent leurs moyens de subsistance et une protection contre les assauts des océans.

Plongée et prélèvements

Une fois traversé le canal de Panama, Tara rejoindra début septembre l’île de Pâques, puis fera route vers l’ouest. «La traversée est-­ouest nous permettra d’étudier une variété de récifs de Panama, où la diversité des coraux est faible, jusqu’aux Philippines et en Indonésie, où l’on dénombre de 600 à 700 espèces», indique Serge Planes. Puis un second axe du parcours, sud­-nord, donnera un aperçu de la diversité des récifs de la Nouvelle­-Zélande au Japon.

L’archipel nippon offre aussi une opportunité unique: sa localisation et sa géologie lui confèrent une grande diversité de température et d’acidité de l’eau, qui apportera des informations précieuses sur l’adaptation du corail à un climat réchauffé.

Les six ou sept scientifiques, qui se relaieront à bord toutes les 6 semaines, plongeront, prélèveront des coraux, des algues, de l’eau et les micro­organismes qu’ils contiennent (bactéries, virus, champignons, etc.). Ils creuseront délicatement le socle des récifs formé par l’entassement des squelettes de coraux, pour prélever des carottes de roche.

«Elles nous permettront d’étudier la croissance des récifs et l’évolution de leur environnement physico-chimique au cours des 50 à 100 dernières années», se réjouit Denis Allemand, du Centre scientifique de Monaco, le codirecteur scientifique de l’expédition. Des données précieuses pour comprendre l’impact du réchauffement climatique sur les coraux et la manière dont ils se sont, ou pas, adaptés.

Vie en symbiose

Pas moins de dix ans de travail seront nécessaires pour analyser les 30 à 40 000 échantillons que Tara doit prélever. «Notre expédition rappelle les grandes expéditions conduites au XVIIIe siècle par La Pérouse ou James Cook. Mais nous emportons avec nous les outils scientifiques du XXI siècle, et en particulier ceux de la génomique», justifie Serge Planes.

Les scientifiques espèrent une moisson de réponses aux questions que posent les coraux. «Ils vivent depuis 200 millions d’années en parfaite symbiose avec les espèces de leur environnement», résume Serge Planes. A un point tel que les zooxantelles, ces
micro­algues qui les colorent, vivent au cœur même des cellules du corail!

C’est d’ailleurs un divorce d’avec les zooxantelles qui explique le blanchissement du corail: quand l’eau se réchauffe trop, l’animal expulse ces micro­algues. Il devient transparent — laissant apparaître la blancheur du squelette — et s’expose aux brûlures du soleil. Si la température ne redescend pas au bout de quelques semaines, l’animal finit par mourir et le récif est condamné.

Blanchissement

Un blanchissement spectaculaire s’est produit en 1997­ et 1998, sous l’effet d’un fort El Niño, ce phénomène naturel de réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial. 18% des récifs de la planète avaient été tués en six mois. Un autre est probablement en cours puisqu’un El Niño est réapparu l’an dernier, plus fort que celui de 1997­. «Nous serons au cœur de cet événement, ce qui nous permettra d’essayer de comprendre pourquoi certaines espèces, et pourquoi certains récifs éloignés des hommes, résistent mieux que d’autres au réchauffement», explique Serge Planes.

Reste à savoir combien de temps cette résistance pourra durer. Dans la revue «Science» du 14 avril un groupe de chercheurs confirme que depuis trente ans, les coraux de la Grande Barrière australienne ont acquis une certaine tolérance à la chaleur, qui a atténué leur blanchissement. Mais ils pronostiquent, hélas, qu’à l’avenir une nouvelle hausse de 0,5°C suffirait à dissiper cette protection.

Lire aussi: Péril acide sur les coraux

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