«Sortir sans plan scientifique? Autant jouer à la roulette russe avec trois balles dans le barillet», lance Didier Trono. Pour le responsable du groupe diagnostic et testing de la nouvelle task force scientifique suisse dédiée au Covid-19, la décision politique du déconfinement devra être basée sur des critères scientifiques précis et suivre un plan d’action défini par le gouvernement avec l’aide de la task force, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et d’autres entités compétentes.

Rouvrir les commerces trop tôt, c’est la garantie de relancer l’épidémie si le nombre de personnes vulnérables au SARS-CoV-2 est trop important. Tout le travail consiste donc à évaluer le pourcentage de la population immunisée au virus. Les scientifiques vont, avant tout déconfinement, soumettre la population à des tests sérologiques détectant la présence d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2, indice d’une immunité. Si le pourcentage de population déjà immunisée est très haut alors le déconfinement pourrait commencer à être envisagé, «le virus n’ayant plus assez de personnes infectables dans la population», précise Didier Trono. Il est cependant peu probable que ce soit le cas, ce qui demandera un niveau de surveillance très élevé lorsque des mesures de déconfinement seront instaurées pour éviter l’émergence immédiate d’une nouvelle vague.

«Cette évaluation sérologique ne peut pas être entreprise à l’échelle du pays en deux ou trois semaines», prévient le scientifique. Néanmoins, certains groupes seront ciblés dans un premier temps soit du fait de leur importance stratégique, tels les travailleurs de santé, soit pour obtenir rapidement une image représentative de l’ensemble de la population.

«Sauter» sur les malades

Et ce n’est qu’une première étape. Car une fois les Suisses en liberté dans la nature, de nouveaux cas de Covid-19 ne manqueront pas de survenir. «Il faudra alors avoir des mécanismes en place pour détecter les personnes infectées le plus vite possible [par exemple avec des contrôles de température dans certains lieux publics], trouver leurs contacts, les tester et imposer à nouveau un confinement aux porteurs du virus», poursuit Didier Trono.

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Des mesures bien plus complexes que de se mettre un masque sur le nez. «Pour l’instant, nous en sommes au stade de la réflexion. Nous allons voir comment évolue la situation dans les deux ou trois prochaines semaines en Suisse et à l’étranger. Nous pourrons alors développer un plan précis, basé sur des modèles robustes», conclut Didier Trono.